Gaby Fabresse vous donne rendez-vous avec ce podcast Bête de science, qui vous plongera dans les profondeurs de l’océan sur les traces des coraux, ces animaux bien vivants qui construisent des récifs. © Futura

Le monde des récifs coralliens a récemment été marqué par plusieurs découvertes remarquables : un nouveau candidat au titre de plus grand corail du monde, un spécimen géant identifié dans les îles Mariannes, et désormais une prouesse d’observation scientifique. Dans le port de Miami, une caméra sous-marine à intervalle de temps vient en effet d’atteindre un cap inédit.

Installé par l’équipe de Coral Morphologic pour surveiller la croissance et l’état de santé des coraux locaux, le dispositif a été mis en service le 1er mai 2023. Le 28 janvier 2026, il a franchi la barre des 1 000 jours d’enregistrement, devenant la plus longue séquence time-lapse sous-marine jamais réalisée.

Des chercheurs de l’université de Sydney (Australie) ont enregistré un épisode catastrophique de blanchissement de coraux du côté de One Tree Island. © Sean, Adobe Stock

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Coral Morphologic, fondé en 2007 à Miami par le biologiste marin Colin Foord et le musicien JD McKay, mêle science, art et sensibilisation du public à la protection des récifs. Le projet s’est progressivement développé, notamment grâce à une diffusion en direct d’images de coraux qui permet au grand public d’observer l’évolution du récif.

Blanchissements, mais aussi signes de résilience

Au fil des images, la caméra a documenté un épisode majeur : le blanchissement corallien exceptionnel de 2023, provoqué par des températures océaniques élevées. Mais elle a également capturé plusieurs phases de récupération chez différentes espèces.

Plus de 1 000 jours d’images montrent les épisodes de blanchissement de 2023 puis la récupération et la croissance spectaculaire du corail corne de cerf. © Coral Morphologic, YouTube

Les chercheurs suivent en particulier l’évolution du corail corne de cerf (Acropora cervicornis, aussi appelé Acer « Ventura »), une espèce indigène de Floride. Les images révèlent un phénomène inattendu : non seulement ce corail a résisté aux épisodes de blanchissement, mais il a aussi poursuivi une croissance rapide.

Selon l’équipe, cette colonie pourrait désormais représenter l’une des plus importantes zones de corail corne de cerf en Floride.

Un laboratoire naturel au cœur du port de Miami

Pour mieux comprendre les conditions auxquelles ces coraux sont exposés, les chercheurs ont installé une bouée mesurant la température de l’eau autour de la caméra. Les relevés montrent des variations marquées : jusqu’à 32,6 °C à la fin de l’été, contre 15,5 °C durant l’hiver 2026. Une amplitude thermique importante pour un corail constructeur de récifs, qui témoigne de la capacité d’adaptation de cette souche face à des conditions extrêmes, qu’il s’agisse de chaleur ou de froid.

Pour Martin Colognoli, biologiste marin et photographe, le corail – cet organisme âgé de plus de 500 millions d’années, qui a survécu à cinq extinctions de masse – n’est pas seulement une espèce à protéger. C’est peut-être aussi celui dont l’humanité a le plus à apprendre. © Martin Colognoli

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Le time-lapse apporte aussi des informations sur les mouvements de sédiments dans cette zone portuaire soumise à de puissants courants liés au trafic maritime. Ces flux déplacent de grands volumes d’eau et influencent l’ensemble de l’écosystème, des coraux fixés aux espèces de poissons plus mobiles.

Après près de trois ans d’enregistrement quasi continu, la caméra a déjà capturé plus de 200 espèces de poissons et plusieurs années de croissance corallienne. Le site pourrait désormais devenir l’un des environnements marins les plus surveillés en continu au monde.