Lorsqu’il parle de structures, Daniel Cornesse pense au Forem, au CISP (centres d’insertions socioprofessionnels), aux ALE (agences locales pour l’emploi) ou encore aux cellules de reconversion. Et quand il parle de l’effet sur les bénéficiaires, il précise par ces mots : « Ces réformes ne réparent pas les dégâts commis par la politique de l’Arizona sur les travailleurs et les demandeurs d’emploi ».
Diplôme, région, âge, genre… Qui sont les 168.063 personnes exclues du chômage?Des indicateurs qui bougent peu
Pour justifier ces inquiétudes, Daniel Cornesse évoque quelques indicateurs qui ne prêtent pas, selon lui, à l’optimisme. « Le taux d’emploi progresse légèrement, mais cette hausse ne s’accompagne pas d’une augmentation du volume d’heures travaillées. C’est dû à la structuration du travail : il y a de nombreux temps partiels. Le taux de formation, à 8 %, est aussi assez faible. Et il n’y a pas que des demandeurs d’emploi qui se forment. »
Il revient aussi sur les « 80 000 promesses d’emploi » en Wallonie qui ont été annoncées par le Forem et le ministre Jeholet suite à une étude réalisée sur la demande d’emploi. « On attend de voir si ces promesses se concrétiseront. Nous craignons que ce ne soit que de la communication. À ce stade, on ne compte qu’une offre d’emploi pour sept demandeurs, et 40 % de ces offres relèvent de l’intérim ou de contrats à durée déterminée. Un tiers de ces offres sont en Flandre ».
La CSC wallonne s’est aussi penchée sur le devenir des premiers exclus du chômage et dénonce un manque d’anticipation de la part du gouvernement wallon par rapport aux mesures d’exclusions prises par le fédéral. « Nous avons réalisé un sondage interne auprès de 300 de nos affiliés qui ont été exclus dans la première vague. Il y en a quatre qui ont un CDD et quatre qui ont un CDI. On est loin des 30 % annoncés qui allaient retrouver un emploi ».
Le secrétaire national de la CSC s’inquiète aussi des personnes qui cumulaient allocation de chômage et un job ALE − comme ceux qui font la circulation devant les écoles − et qui ont perdu leur allocation. « Il y a eu une réponse transitoire qui leur permet de continuer à prester comme ALE pour 4, 1 euros de l’heure, mais rien n’a été décidé sur le fond ni sur la durée. »
Daniel Cornesse reconnaît une cohérence dans les réformes. « Il s’agit de privatiser des missions exercées grâce à de l’argent public ». Il donne deux exemples. « Il y a une réforme des incitants à l’embauche qui est prévue. C’est une enveloppe de 320 millions d’euros qui restera la même. Mais on l’ouvre aussi au secteur de l’intérim, cela va engendrer des effets d’aubaine alors que cette réforme vise à lutter contre ceux-ci. Cela doit créer des emplois durables mais ces aides ne sont assorties d’aucune condition pour les entreprises qui utiliseront ces primes. Cela paraît pourtant normal de le faire ».
Son second exemple touche la suppression des cellules de reconversion. « Ce dispositif constituait un outil pertinent pour le reclassement des travailleurs licenciés, mais le gouvernement semble désormais vouloir en confier la mission au secteur privé. »
Il s’inquiète encore et annonce que le syndicat sera très attentif à la future réforme des APE − aides à l’emploi qui représentent 1 milliard d’euros dans le budget wallon − qui vise à transférer les moyens vers les différents ministres en fonction de leurs compétences, et de ne plus tout laisser dans les mains du ministre en charge de l’Emploi. « Nous voulons que le ministre s’engage à ce qu’il n’y ait pas de pertes d’emplois, que les emplois qui seront financés ne seront pas des emplois chaises musicales et que ces moyens ne serviront pas à financer la réforme des aides à l’embauche ». Il demande d’ailleurs qu’une concertation avec les syndicats sera organisée par le gouvernement pour aborder cette réforme.