Comme en écho à ces préventions (d’autres diraient suspicions), l’Arizona compte d’ailleurs mettre le paquet sur la lutte contre toute forme d’abus.
« Aassistés », « chômeurs à vie », « tire-au-flanc de longue durée »… Qui sont les vrais tricheurs ?Comment l’Arizona compte-t-elle faire pression sur les médecins pour faire revenir les malades de longue durée au boulot ?
À propos des malades de longue durée, ceux-ci vont devoir davantage “s’activer”. C’est-à-dire revenir plus rapidement au boulot.
Pour ce faire, médecins traitants et médecins-conseils de la mutuelle (chargés d’évaluer et de contrôler l’incapacité à travailler) sont désormais invités à se focaliser sur la capacité résiduelle de travail (dans une autre fonction, via des horaires aménagés, etc.) des patients qu’ils examinent.
Retour au travail des personnes en invalidité longue durée : pourquoi ce n’est pas aussi facile que l’Arizona le voudrait ?Les entreprises seront-elles également responsabilisées ?
Le ministre de la Santé publique, Frank Vandenbroucke (Vooruit), a mis en place toute une série d’autres dispositifs pour accélérer le retour à l’emploi. Tous ne sont pas coercitifs. Mais la “responsabilisation” de chaque acteur (en ce compris les entreprises) constitue bien un des fils rouges de sa politique.
Cela vaut pour les malades, bien sûr, mais aussi pour les généralistes. La digitalisation des certificats médicaux permettra ainsi d’identifier les “outliers”, soit les praticiens prescrivant beaucoup ou pour de longues durées.
Les mutualités trop « généreuses » peuvent-elles aussi être sanctionnées ?
En l’absence de justification jugée satisfaisante concernant leurs pratiques, ils pourront se voir sanctionnés. De leur côté, les médecins-conseils ne chômeront pas non plus.
D’ici à 2029, les mutuelles seront censées avoir réexaminé le dossier de 218.000 personnes. Le tout, sous le regard de l’Inami, qui continuera de jouer un rôle d’audit ; les mutualités voyant leur financement davantage conditionné au prorata des réexamens réalisés, notamment.
Mutualités : “plus qu’un débat à 6,1 milliards d’euros, il s’agit surtout de garantir aux Belges un système de soins de santé efficace et accessible”Doit-on vraiment affecter tant de médecins au contrôle alors qu’on connaît une pénurie de généralistes ?
Du côté des mutuelles aussi, on doute d’avoir les moyens pour satisfaire les volontés de l’Arizona. Des lignes budgétaires ont bien été débloquées pour inciter à embaucher du personnel supplémentaire. “Mais je n’arrive pas à recruter suffisamment de médecins-conseils”, cadre Pierre Cools, secrétaire général adjoint de Solidaris (UNMS).
“Par ailleurs, dans un contexte de pénurie en médecine générale, on peut se demander s’il n’y a pas une limite à fixer, en matière de santé publique, au nombre de médecins qu’on sort du curatif et qu’on affecte à des missions de contrôle.”
Chômage : Sous pression, les exclus qui cherchent une formation devront répondre à quelques questions intrusives pour en décrocher uneLes médecins conseils ont-ils été trop laxistes ?
Pas sûr qu’il faille fonder plus d’espoir concernant l’objectif de réintégration de 100 000 malades de longue durée. “Je crains que ce chiffre soit issu d’une enquête menée par l’Inami sur un échantillon restreint de personnes, pour lesquelles on a jugé qu’elles n’étaient plus en situation d’invalidité », balaye Pierre Cools.
« Mais ces conclusions ne sont pas généralisables ; en réalité, on ne peut pas estimer, à ce stade, combien de personnes seraient aptes à retourner travailler.” Quant à la question de savoir si certains médecins-conseils ne feraient pas preuve de laxisme, le secrétaire général adjoint de Solidaris oppose le chiffre de “10.000 décisions de fin d’incapacité de travail” délivrées chaque année au sein de la mutuelle…