Pour son 40e anniversaire, le musée d’Orsay vient de recevoir un cadeau aussi rare qu’original : 17 éventails peints par des artistes majeurs de l’impressionnisme et du postimpressionnisme ! Offert discrètement par la famille Kan, originaire de Hong-Kong, cet ensemble exceptionnel est présenté dans son intégralité dans l’établissement parisien dès le 24 mars en salle 33, au cœur de sa mythique galerie des impressionnistes.
« Constituée au cours de ces vingt dernières années, la collection Kan d’éventails impressionnistes et postimpressionnistes est la plus importante jamais assemblée » se réjouit le musée dans un communiqué. Huit artistes y sont réunis : Camille Pissarro, Paul Gauguin, Edgar Degas, Henri de Toulouse-Lautrec, Jacques-Émile Blanche, Georges de Feure, Foujita et Alexandre Iacovleff.
Japonisme et modernité picturale
Cette donation éclaire l’importance du japonisme – l’éventail étant un support de créativité privilégié de l’ère Edo – dans le développement de la modernité picturale au XIXe siècle, mais aussi un pan plus intime et décoratif de cette dernière. Ce volet méconnu avait en partie été exploré dans l’exposition « Le décor impressionniste » au musée de l’Orangerie à Paris en 2022 et présentait des éventails, des portes, des paravents ou encore des assiettes peints par de grands noms du mouvement.
Degas, amateur d’at nippon et précurseur
Espace d’expérimentation picturale, l’éventail permet aux artistes d’explorer un format en demi-lune (souvent exposé tel quel au mur, sans être plié, ni monté en objet destiné à s’éventer) qui bouscule leurs habitudes de composition.

Henri de Toulouse-Lautrec, Éventail, vers 1892
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Aquarelle sur éventail papier avec un support en bambou • 65 × 33,7 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © musée d’Orsay, dist GrandPalais Rmn
Dès les années 1860, Edgar Degas est le premier impressionniste à investir ce support : jouant de l’asymétrie, du vide et d’un goût manifeste pour l’art nippon, il en exécute une trentaine représentant souvent des scènes de ballet ou de café-concert, agrémentées de poudre d’or et d’argent – un procédé qu’il emprunte directement à la peinture et aux arts décoratifs d’Extrême-Orient, très en vogue en Europe à partir de l’ouverture du Japon au monde extérieur en 1868, qui permet l’importation de nombreux objets et œuvres.
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Éventails de peintres : un fascinant laboratoire de formes
Prolifique dans ce domaine, Pissarro (le plus représenté ici avec sept éventails) y transpose quant à lui ses scènes rurales, tandis que Gauguin (le second avec quatre pièces) y adapte certains de ses motifs bretons ou tahitiens. Artiste japonais installé en France, Foujita y représente de son côté son animal-totem, le chat, avec un contraste de jaune et de noir évoquant l’ « affiche du Chat noir » de Steinlen. Celui de Georges de Feure témoigne du goût des symbolistes et des artistes de l’Art nouveau pour ce support poétique. L’une des œuvres les plus délicates de l’ensemble, signée Jacques-Emile Blanche, dépeint deux jeunes filles en robes blanches assises sur une banquette et tenant chacune un éventail translucide dans un bel effet de mise en abîme.

Camille Pissarro, La Sieste aux champs, 1893
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Éventail, gouache sur soie • 32,7 × 66,5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris
Fragiles, ces pièces ne seront visibles dans le parcours permanent que pendant trois mois, jusqu’au 21 juin 2026 – puis une sélection de deux ou trois éventails seront présentés par roulement. Une occasion rare de découvrir comment un simple accessoire, à la croisée des arts décoratifs et de la peinture, a pu devenir un fascinant laboratoire de formes !
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Du 24 mars au 21 juin 2026 en salle 33
L’intégralité de la donation est dévoilée dans la salle 33, au sein de la galerie des impressionnistes, du 24 mars au 21 juin 2026. Par la suite, pour des raisons de conservation, une sélection de deux ou trois éventails sera présentée par roulement dans le parcours permanent.
Esplanade Valéry Giscard d’Estaing • 75007 Paris
www.musee-orsay.fr