De plus, ce refroidissement s’accompagnera d’un temps instable, typique du mois de mars. « On aura des averses, parfois de grésil ou de neige fondante. En Ardenne, quelques chutes de neige sont même attendues, avec une couche temporaire de quelques centimètres. »

Un risque de gel bien réel

Le point de vigilance concerne surtout les nuits. « La nuit de jeudi à vendredi sera particulièrement à surveiller, souligne Pascal Mormal. Des éclaircies et un vent faible pourraient favoriser des gelées, parfois sous les -2 °C. »

Un seuil qui est critique pour l’agriculture, alors que la nature a plusieurs semaines d’avance par rapport à la normale. « Une fois qu’on descend sous les moins 2, cela peut provoquer des dégâts au niveau des cultures », avertit-il.

« En tant que météorologue, je suis évidemment préoccupé. Il faut se rendre compte de ce qu’il se passe »Des vergers particulièrement vulnérables

Du côté des producteurs, l’inquiétude est donc bien réelle. « Les arbres ont déjà débourré, notamment en pommes et en poires, explique Mathilde Eck. Or cette phase rend les cultures très sensibles. Entre le débourrement et la formation des fruits, les arbres sont vraiment très vulnérables au gel. »

Et le problème tient surtout à la précocité de la saison. « Plus les arbres débourrent tôt, plus le risque d’avoir plusieurs nuits de gel est élevé », souligne-t-elle.

Se protéger… à quel prix ?

Les producteurs disposent de solutions, mais elles sont coûteuses. « On peut lutter avec des bougies, de l’aspersion ou des éoliennes, mais cela représente des coûts très importants », détaille Mathilde Eck.

Et l’enjeu dépasse un seul épisode. « Il faut tenir jusqu’aux Saints de glace, à la mi-mai. D’ici là, la répétition des nuits froides pourrait peser lourd financièrement », prévient-elle.

Certaines cultures, comme les cerises ou les abricots, font l’objet d’investissements plus importants. « Ce sont des cultures fragiles mais à forte valeur, donc les producteurs les protègent davantage. La culture des pommes et des poires inquiète moins les producteurs. »

À l’inverse, la viticulture est pour l’instant épargnée. « Les vignes n’ont pas encore débourré, elles ne sont donc pas encore exposées », rassure-t-elle.

Vers un printemps globalement doux? Après un épisode plus frais, la météo va à nouveau basculerUne fraîcheur qui pourrait durer

Et pour la suite ? Après cet épisode instable, le temps devrait s’assécher progressivement. Mais sans retour immédiat de la douceur. « On restera sur des températures proches ou légèrement inférieures aux normales », indique Pascal Mormal. Le retour de conditions très douces et durables n’est pas envisagé pour les 15 prochains jours. »

De quoi maintenir les producteurs sur le qui-vive, dans une saison décidément de plus en plus imprévisible.