À Hollywood, il y a des films qu’on attend. Et puis il y a ceux qu’on redoute presque autant qu’on les désire. Michael, le biopic sur Michael Jackson réalisé par Antoine Fuqua, appartient déjà à cette seconde catégorie. Car en coulisses, le récit se fissure.

Paris Jackson, fille du chanteur et longtemps silencieuse sur les affaires liées à l’héritage de son père, a choisi de faire entendre sa voix. Dans un mémoire partagé par son avocat, elle parle de contrôle, de narration, d’argent. Dans le viseur : les exécuteurs testamentaires de Michael Jackson, et notamment John Branca, avocat historique devenu figure centrale… jusque dans le film lui-même.

Le détail pourrait sembler anecdotique s’il ne disait pas tout : voir un homme chargé de protéger un héritage devenir personnage dans la fiction censée le célébrer. Et pas n’importe comment — incarné par une star hollywoodienne. Pour Paris, la question n’est plus artistique, elle est presque morale. Qui raconte quoi ? Et surtout, au profit de qui ?

En face, la réponse est sèche, presque condescendante. Le camp de l’« Estate » rejette les critiques, évoquant une incompréhension des réalités de l’industrie. Traduction : Hollywood fonctionne ainsi, avec ses arbitrages, ses incarnations glamour et ses compromis invisibles. C’est elle qui en ignore les codes.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Paris Jackson se désolidarise du projet. Elle avait déjà laissé entendre que le scénario flirtait dangereusement avec une version édulcorée de la vie de son père. Une manière, peut-être, de rendre le mythe plus digeste et surtout plus rentable.

Pendant ce temps, la machine avance. Casting prestigieux, budget vertigineux, sortie prévue en 2026 : Michael coche toutes les cases du biopic événement. Mais au fond, la véritable intrigue n’est peut-être pas celle du film. Elle est dans ce bras de fer entre une industrie qui fabrique des récits et une héritière qui refuse de voir le sien lui échapper. Et dans cet entre-deux, une question : peut-on encore raconter Michael Jackson sans le trahir un peu ?