La diffusion de ces images a suscité des réactions, notamment celle de Colm Flynn, journaliste irlandais pour la BBC.
C’est à Riga, en Lettonie, où se tenaient les Radiodays Europe, que Colm Flynn a rencontré les animateurs flamands. « N’est-ce pas insultant pour les chrétiens ? », leur a-t-il lancé. Sam De Bruyn admet que la séquence pourrait offenser certaines personnes, mais indique que « la Belgique n’est pas fortement religieuse ». Il précise également que tous les objets étaient déjà cassés.
« Une façon de nous moquer de nous-mêmes »
Quand on leur demande s’ils feraient la même chose avec des symboles de l’Islam ou du Judaïsme, l’équipe de Studio Brussel déclare qu’elle ne le ferait pas. Pour Colm Flynn, c’est de l’hypocrisie.
« Nous sommes tous issus de la tradition chrétienne. C’est donc plutôt une façon de nous moquer de nous-mêmes », confie Eva De Roo. « C’est différent quand on le fait à propos d’une religion qu’on ne connaît pas », assure Sam De Bruyn.
« On aurait mieux fait de ne pas le faire. On n’y a tout simplement pas réfléchi à fond […] Si un auditeur nous en faisait la remarque, on l’appellerait pour en discuter à la radio », finissent-ils.
Le singulier anniversaire de l’église Saint-Nicolas de La HulpeLa VRT s’excuse
De son côté, la VRT a déclaré que sa radio avait mal évalué le sketch. « Eva et Dries présentent leurs excuses. La vidéo se voulait humoristique, et ils ont sous-estimé à quel point les symboles religieux peuvent être sensibles. Ils comprennent que cela ait pu heurter certaines personnes et feraient aujourd’hui d’autres choix », fait savoir le média public, avant de poursuivre : « La VRT estime qu’il est important que tous ses collaborateurs fassent preuve de respect envers chaque religion. Il ne s’agit pas pour nous de comparer les religions entre elles, mais de traiter avec bienveillance les convictions de chacun ».
Cieltje Van Achter, ministre flamande des Médias, a réagi et estime que le média aurait dû réfléchir avant d’agir. « Ce passage était particulièrement déplaisant. En tant que ministre, je ne vais pas me substituer à la VRT : la chaîne dispose d’une autonomie éditoriale. Mais cette autonomie ne dispense personne de ses responsabilités ni du respect. Il est bon que l’on reconnaisse à la fin qu’il aurait fallu y réfléchir davantage. Il faut réfléchir avant d’agir. Et oui, on doit pouvoir rire de toutes les religions », écrit-elle sur X.
La place d’une statue
Cette séquence rappelle la place particulière que tiennent statues et représentations religieuses dans le catholicisme. Contrairement à l’islam, au judaïsme et même au protestantisme où l’on ne représente pas Dieu, le catholicisme a une longue tradition artistique en la matière. Il part du principe que Dieu s’est donné à voir en la personne de Jésus, et qu’il peut donc être représenté. Ces œuvres ne doivent cependant pas être divinisées, idolâtrées ni, par conséquent, adorées, aux yeux de l’Église. Elles ne sont pour le croyant qu’un signe qui renvoie à Dieu, qui illustre sa grandeur, son humilité, sa proximité… en fonction de ce qui est représenté. Bref, elles sont une aide bien humaine pour que les croyants puissent prier. Il suffit de rentrer dans une église et de regarder sous quelles statues brûlent des bougies, pour voir à quel point de nombreux croyants sont attachés à de telles représentations. Et cela d’autant plus ces dernières années. Après des décennies d’une foi plus abstraite et intellectuelle (dans la foulée de la réforme du Concile Vatican II dans les années 60), de nombreux observateurs notent le retour d’une foi plus incarnée à travers l’attrait pour des rites, des gestes, des statues. Ceci explique sans doute en partie l’émoi suscité par la vidéo de StudioBrussels.