Selon John F. Helliwell, économiste et auteur du rapport, « ette baisse frappante du bien-être des jeunes est en partie liée à l’ampleur et à la nature de l’usage des réseaux sociaux« .

Effets néfastes des réseaux sociaux

Les auteurs du rapport apportent toutefois une nuance à leur analyse : « L’impact des réseaux sociaux sur le bien-être des jeunes reste complexe ». Tout dépend du temps passé en ligne, de la plateforme, de la manière dont elle est utilisée, mais aussi de facteurs comme le sexe ou le milieu social. Un constat se dégage néanmoins : une utilisation intensive des réseaux sociaux tend à dégrader la qualité de vie. Selon le rapport, ceux qui utilisent les plateformes plus de sept heures par jour ont un bien-être nettement inférieur à ceux qui y consacrent moins d’une heure. Un phénomène qui touche en particulier les adolescentes. « Dans la plupart des régions, les filles non utilisatrices des médias sociaux sont les plus susceptibles de se déclarer pleinement satisfaites de leur vie », rapportent les chercheurs.

Pour autant, faut-il se détourner complètement des réseaux sociaux ? Jan-Emmanuel De Neve, chercheur au Centre de recherche sur le bien-être à l’université d’Oxford, nuance en précisant : « Une utilisation intensive est associée à un épanouissement nettement moindre, mais ceux qui se détournent délibérément des réseaux sociaux semblent également passer à côté de certains effets positifs ».

Reste que le problème a l’air de s’installer durablement. Selon des enquêtes internes menées par des entreprises de réseaux sociaux, la génération Z elle-même perçoit un niveau élevé de préjudices. Cyberharcèlement, sextorsion, dépression : le rapport évoque des « preuves accablantes » de préjudices directs graves. « De plus, nous montrons que les préjudices et les risques pour les utilisateurs individuels sont si divers et d’une telle ampleur qu’ils justifient l’idée selon laquelle les réseaux sociaux causent des préjudices à l’échelle de la population », ajoutent les chercheurs.

Avoir un bon usage des réseaux sociaux

Au-delà du temps passé en ligne, c’est surtout la manière d’utiliser les réseaux sociaux qui fait la différence. Les plateformes ou pratiques qui privilégient les échanges, la communication avec les proches et les réactions à divers contenus sont associées à des effets plutôt positifs, ou neutres, sur la qualité de vie.

À l’inverse, les usages passifs dominés par le défilement de contenus boostés par l’algorithme ou centrés sur les influenceurs et l’esthétisme, sont liés à une baisse du bien-être. En cause : les mécanismes de comparaison sociale et un engagement plus superficiel.

Le virtuel remplace le lien social

D’autres facteurs pèsent lourdement sur l’épanouissement des jeunes. Parmi eux, l’isolement social occupe une place centrale. Des chercheurs avancent une hypothèse, celle du « remplacement social » : le temps passé en ligne se ferait au détriment des interactions dans la vie réelle. Les jeunes générations voient leur confiance, leurs liens sociaux et leur activité relationnelle se détériorer à mesure que l’usage du numérique se généralise. « 

L’activité sociale perçue […] a diminué partout et figure parmi les indicateurs les plus fiables de la dégradation du bien-être », explique le rapport. Le rôle du statut socio-économique pèse aussi dans la balance : dans les 43 pays étudiés, les jeunes issus de milieux défavorisés sont plus vulnérables aux effets négatifs des réseaux sociaux et présentent un niveau de bien-être plus faible.

Les pays les plus heureux du monde

Derrière ce classement, le rapport s’appuie sur une moyenne établie sur trois ans, fondée sur l’évaluation de la qualité de vie de chaque population. L’indice de bonheur prend en compte six facteurs : le PIB par habitant, l’espérance de vie en bonne santé, le soutien social, la perception de la corruption, la générosité et la liberté de faire des choix de vie.

Parmi les 147 pays répertoriés, les pays nordiques sont en tête du classement avec la Finlande nommée pays le plus heureux du monde depuis neuf années consécutives, suivie de l’Islande et du Danemark. La Suède et la Norvège sont également présentes dans le top 10. Le Costa Rica en quatrième position représente la meilleure place jamais obtenue par un pays d’Amérique latine. Aucun pays anglophone ne se hisse dans le top 10. À l’autre extrémité du classement, les niveaux de satisfaction les plus faibles sont enregistrés en Afghanistan, pays dirigé par les talibans depuis 2021.