Quinze millions d’euros. C’est le montant qui pourrait être récupéré après les contrôles menés sur le système APE en Wallonie. Quinze millions. Et encore, on ne parle ici que des dossiers déjà analysés. Derrière ce chiffre, une réalité dérangeante : celle d’un dispositif public massif – 1,3 milliard d’euros par an – qui a, pendant des années, fonctionné sans véritable contrôle de terrain.
Rappelons d’abord une chose essentielle : les APE (aides à la promotion de l’emploi, NDLR), ce sont des dizaines de milliers d’emplois. Des emplois bien réels, utiles, souvent dans des secteurs essentiels. Personne ne peut balayer cela d’un revers de la main.
Mais voilà. À force de dérives, le système s’est éloigné de son objectif initial. À l’origine, il s’agissait de remettre des personnes à l’emploi, de faciliter les engagements, notamment pour les petites structures comme les ASBL. Un mécanisme gagnant-gagnant.
Aujourd’hui ? Dans de nombreux cas, les APE sont devenus un outil de financement structurel. Des emplois subsidiés… à vie. Et parfois bien pire. Des ASBL qui développent des activités commerciales. D’autres déjà financées par ailleurs, avec des risques de double subventionnement. Des montages discutables. Des abus.
Seulement des contrôles administratifs
Le constat est là : le système est devenu opaque. Et, oui, dévoyé. Faut-il pour autant applaudir les yeux fermés la réforme portée par le ministre Pierre-Yves Jeholet ? Non. Trop de questions restent en suspens. Sur l’avenir des travailleurs. Sur la répartition des moyens. Sur les secteurs qui pourraient être fragilisés. Mais il y a une chose qui, elle, ne passe pas. Comment a-t-on pu laisser un dispositif de 1,3 milliard d’euros tourner sans contrôle réel de terrain – hormis les contrôles purement administratifs du Forem – pendant cinq ans ?

Fraudes, dérives… : comment Pierre-Yves Jeholet veut récupérer 15 millions d’euros du dispositif APE, « il n’y avait plus eu de contrôles depuis cinq ans ! »
Cinq ans. Comment est-ce possible ? Comment peut-on gérer l’argent public de cette manière ? Et surtout, comment croire un seul instant qu’un système aussi vaste pouvait être exempt de dérives ? Dans une Wallonie sous pression budgétaire, la question n’est pas accessoire. Elle est centrale. Quel que soit le futur du dispositif APE – réforme, transformation ou suppression – une exigence doit s’imposer : la transparence. Et une autre : la rigueur. Parce qu’au final, cet argent n’appartient ni aux ministres, ni aux structures, ni aux administrations. Il appartient aux Wallons. Et eux sont en droit d’exiger des comptes.