Inscrit en section conducteur poids lourds, Diallo poursuit un rêve clair : obtenir son diplôme, passer son permis poids lourd et travailler dans un métier qu’il exerce avec passion depuis trois ans. « Je suis venu en Belgique avec le but de suivre mes cours, d’être diplômé et ensuite de travailler », confie-t-il. Mais ce projet, construit patiemment depuis son arrivée, pourrait être compromis par des démarches administratives encore en cours.
Un parcours de vie marqué par l’exil et la résilience
Derrière son investissement scolaire se cache un parcours personnel particulièrement éprouvant. Diallo a quitté la Guinée à l’âge de 15 ans dans un contexte familial difficile. Né dans une famille polygame, il explique : « Je n’avais plus d’avenir là-bas. Mon père ne voulait plus que j’aille à l’école, il voulait que je fasse l’école coranique et a retiré mon dossier scolaire. » Sa mère, bien que limitée dans ses moyens, l’a aidé à fuir pour échapper à cette situation, et il a entamé un long parcours migratoire qui l’a conduit par la Méditerranée jusqu’en Italie, puis en France, avant d’arriver en Belgique.
Arrivé ici comme mineur non accompagné, Diallo a dû naviguer dans des conditions difficiles : « Dans le camp en Italie, la nuit il n’y avait pas de sécurité, les majeurs faisaient ce qu’ils voulaient et je ne me sentais pas en sécurité. » Sa volonté de continuer à apprendre et de construire un avenir l’a poussé à poursuivre son chemin, jusqu’à l’introduction de sa demande d’asile en Belgique en 2022. Après un passage par le centre d’observation à Overijse puis au centre Fedasil de Morlanwelz, il s’inscrit à l’école et s’intègre rapidement, montrant un investissement exceptionnel dans sa formation.
Sa passion pour le métier de conducteur poids lourds s’est rapidement affirmée : « C’est une passion, je n’ai pas choisi, c’est dans le cœur. Ça fait trois ans maintenant que je fais les trajets tous les jours pour venir à l’école », explique-t-il. En parallèle, il a obtenu une certification ADR pour le transport de matières dangereuses et un brevet cariste, démontrant sa détermination et sa volonté de s’insérer dans la société belge.
Une situation administrative complexe
Malgré son engagement, Diallo se heurte à des obstacles administratifs qui freinent son parcours. Sa demande de régularisation a été refusée, et le recours introduit par son avocate vient lui aussi d’être rejeté. Ce refus est motivé par le fait que son pays d’origine ne présente pas de danger suffisant pour justifier sa régularisation. Pourtant, comme le souligne la directrice de l’école, Madame Vangansbergt : « Il est en section conducteur poids lourds. C’est un élève très assidu, premier de classe et très bien intégré. »
Cette situation l’a déjà empêché de valider son année précédente et de passer son permis poids lourd. « Juste avant les examens, on m’a retiré ma carte. Ça a complètement bouleversé mon avenir professionnel », confie Diallo. Le risque de ne pas pouvoir passer son permis à temps met en péril son projet professionnel et sa chance de s’insérer dans la société belge malgré ses efforts.
En parallèle, Diallo doit suivre un traitement médical indispensable, qu’il ne pourrait pas continuer dans son pays d’origine, renforçant la gravité d’un retour forcé. « Si je retourne là-bas, je n’ai personne. Ici, j’ai une chance », explique-t-il. Son avocate précise que grâce à un jugement de tribunal, il bénéficie actuellement d’une exception lui permettant de rester dans le centre d’accueil Fedasil pendant la procédure, ce qui lui offre un cadre légal et sécurisé pour continuer sa scolarité et son traitement.
Une école mobilisée pour soutenir Diallo
Face à cette situation, l’école joue un rôle central, non seulement pour l’accompagner dans ses démarches administratives mais aussi pour soutenir moralement Diallo. « Il est désemparé et nous le soutenons entièrement, moi et l’école. C’est une histoire qui nous tient à cœur car il est apprécié de tous », souligne Madame Vangansbergt.

L’école joue un rôle central, non seulement pour l’accompagner dans ses démarches administratives mais aussi pour soutenir moralement Diallo. ©D.R.
Les camarades de classe se sont également mobilisés pour témoigner de son intégration et de sa persévérance. Zeynep Yildirim, assistante sociale, raconte : « Les élèves de sa classe sont aussi bouleversés par cette histoire, ils l’apprécient énormément et veulent l’aider. » Ils ont rédigé des lettres destinées à compléter son dossier, illustrant concrètement l’estime et le soutien dont Diallo bénéficie au sein de sa communauté scolaire. « Mes amis ont témoigné en ma faveur. Je ne force personne à le faire », précise-t-il, soulignant le caractère volontaire et sincère de cette mobilisation.
Un avenir suspendu mais un espoir intact
Malgré ces obstacles, Diallo continue de se battre pour atteindre ses objectifs. Déjà doté de qualifications professionnelles et d’une passion manifeste pour son métier, il espère pouvoir passer son permis dans les délais pour concrétiser son projet. « J’ai demandé qu’on me donne une dernière chance de pouvoir passer mon permis et travailler et montrer que je suis bien intégré dans la société », explique-t-il. « Ma toute dernière chance de passer mon permis, c’est cette année ou début de l’année prochaine », insiste-t-il.
Dans les couloirs des Aumôniers du travail, une chose est sûre : au-delà des démarches officielles, toute une communauté s’est mobilisée pour défendre celui qu’elle considère déjà comme l’un des siens. Entre engagement scolaire, solidarité collective et détermination personnelle, Diallo Abdourahamane continue de croire en la possibilité de construire ici l’avenir pour lequel il se bat depuis son arrivée.