Mesures « anti-sociales »

C’est précisément ce dernier point qui agite l’opposition. Dans un contexte de crise internationale qui fait flamber les prix de l’énergie, la hausse prévue des accises passe très mal. Jeudi, le PS a ainsi réussi à repousser le vote en invoquant l’avis obligatoire du Conseil national du travail et du Conseil central de l’économie — deux instances disposant de 30 jours pour se prononcer. Sollicité fin février, leur avis est attendu pour fin mars.

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L’opposition s’est félicitée de ce report. « Des décisions aussi lourdes ne peuvent pas être prises dans la précipitation et en méprisant la concertation sociale », a dénoncé Pierre-Yves Dermagne, chef de groupe PS. « Pour nous, il est hors de question que la facture de la guerre soit payée par les travailleurs. Ce report est une première étape pour contraindre le gouvernement à abandonner complètement sa casse sociale », a renchéri Nabil Boukili, député fédéral PTB.

70 contre 80

Jeudi prochain, le 2 avril, une nouvelle séance plénière est prévue pour voter la loi. L’opposition compte bien rejouer sa carte : renvoyer le texte devant le Conseil d’État cette fois. Pour y parvenir, elle doit faire adopter un amendement par une majorité de députés — en principe 76 sur 150, mais ce seuil s’abaisse mécaniquement en cas d’absences dans les rangs de la majorité.

L’opposition compte 70 élus : 16 PS, 15 PTB, 9 Ecolo-Groen, 1 DéFI, 8 Anders, 1 indépendant (Jean-Marie Dedecker) et 20 Vlaams Belang. Il lui faudrait donc 11 défections côté majorité — absences, abstentions ou votes dissidents — pour faire basculer le scrutin. Elle est déterminée à tenter le tout pour le tout. Un renvoi au Conseil d’État, c’est une semaine de gagnée. D’autant qu’en avril, il y aura les vacances de Pâques du 7 au 10.

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Les Engagés, eux, redoutent ce qu’ils appellent le « carrousel du Conseil d’État » : une paralysie parlementaire où le texte ferait la navette entre le parlement et l’organe consultatif sans jamais être voté. « Il serait totalement irresponsable d’instrumentaliser la situation pour retarder inutilement le vote une fois l’avis du CNT rendu », avertit Aurore Tourneur, cheffe de groupe Les Engagés à la Chambre.

Pas sûr que cela suffise à convaincre l’opposition.