Voir son héros de polar favori adapté à la télévision, bonne ou mauvaise idée ? Je ne vous cache pas que lorsque j’ai appris qu’après un film (Le bonhomme de neige, 2017), une série Harry Hole allait voir le jour ce jeudi 26 mars sur Netflix – qui décidément nous gâte en matière de polars scandinaves -, j’ai accueilli la nouvelle entre excitation paroxystique et intense fébrilité.

Pour sûr, j’en ai passé des jours – et des nuits ! – en compagnie du flic légendaire, aussi brillant que borderline, passionnel et obsessionnel, au charisme aussi élevé que son taux d’alcoolémie. Un vrai héros tragique, né sous la plume de Jo Nesbø, que je ne suis d’ailleurs pas la seule à aimer – j’ai même converti ma maman ! -.

Harry Hole : Entre polar pur et thriller psychologique

En 13 tomes à date, plus de 60 millions d’exemplaires des enquêtes du policier scandinave se sont écoulés dans le monde. Oui, Hole est assurément une star que voulez-vous. La série Netflix se base sur le 5è volet de la franchise littéraire, L’étoile du diable. Durant un été caniculaire à Oslo, une femme est retrouvée assassinée, l’index coupé.

L’enquête est confiée à Harry Hole (Tobias Santelmann, vu dans The Last Kingdom), dans ce qui pourrait être sa dernière affaire… D’autant qu’il doit réprimer son animosité envers Tom Waaler (Joel Kinnaman, la star de The killing, Suicide Squad), son collègue et ennemi, qu’il soupçonne d’être corrompu.

Trêve de suspense : la série Harry Hole est une bombe d’une efficacité redoutable. Et addictive ! Avec le maestro Jo Nesbø lui-même au scénario et à la co-production, il ne pouvait en être autrement. Crimes sordides, atmosphère ténébreuse, psyché torturée des protagonistes, rythme et rebonds effrénés, séquences choc – certaines très éprouvantes -, jalonnent les neuf épisodes, à l’esthétique léchée.

Incroyablement mis en scène par les réalisateurs Øystein Karlsen et Anna Zackrisson, l’univers de la série, naviguant entre polar pur et thriller psychologique, est fidèle à celui des romans de l’auteur scandinave, et le spectateur immergé dans un Oslo caniculaire et poisseux, véritable personnage à part entière, où le mal rôde et ronge les âmes.

Harry Hole (Tobias Santelmann) et Tom Waaler (Joel Kinnaman) : Un duel au sommet de la toxicité

Outre l’intrigue policière, l’affrontement saisissant entre Hole et Waaler, digne des grandes tragédies, nous tient scotchés au canapé. L’acteur norvégien Tobias Santelmann a été choisi pour incarner le policier mythique. Et à l’écran, il faut bien l’admettre, cela apparaît comme une évidence tant il donne chair à cet anti-héros malmené par la vie, et pétri de démons intérieurs.

Antagoniste de premier plan, Joel Kinnaman se révèle pour sa part terrifiant de cruauté et de toxicité. Le soin tout particulier apporté à la bande originale signée Nick Cave et Warren Ellis, parachève l’implacable réussite de la série Harry Hole, laquelle convoque au passage The Doors, les Ramones ou Warren Zevon.

Obsédante, (up)percutante, Harry Hole est un vrai page-turner… sur l’écran aussi.