Comment un criminel de cette envergure est-il parvenu à déjouer les services de sécurité turcs si facilement ? L’enquête doit permettre de répondre à cette question. El Messaoudi, 41 ans et d’origine belgo-marocaine, était considéré comme l’une des têtes pensantes du trafic de drogue à Anvers.
Rattrapé par l’enquête de messagerie cryptée Sky ECC, les autorités belges lui reprochent d’avoir orchestré l’importation de dizaines de tonnes de cocaïne via le port d’Anvers. Il a déjà été condamné à plusieurs reprises et doit encore purger plus de 34 ans de prison.
Condamné à 39 ans de prison
Son parcours criminel remonte à 2013, lorsqu’il est condamné pour l’exploitation de plantations de cannabis. Il s’impose ensuite comme un acteur majeur du trafic de cocaïne via Anvers, avant d’être condamné à 8 ans de prison dans le cadre de la grande enquête fédérale « Makreel » en 2020, une peine qu’il ne purgera pas, étant déjà réfugié à Dubaï. Deux condamnations supplémentaires suivront, en 2023 et 2025, pour un total de 39 ans de prison ferme et des dizaines de millions d’euros à restituer.
En février 2023, l’homme a été arrêté lors d’un voyage au ski en Turquie. Les tribunaux ont approuvé à deux reprises son extradition, mais l’échéance a, à chaque fois, été repoussée à coups de recours en justice. Libéré sous bracelet électronique en septembre 2023 avec interdiction de quitter le territoire turc, il a finalement réussi à passer entre les mailles, malgré les assurances de surveillance données par Ankara à la Belgique. Au Maroc, il est désormais intouchable : le royaume n’extrade pas ses ressortissants.
Le trafiquant de drogues « Bolle Jos » intimide les journalistes en Sierra Leone
Réfugié d’abord à Dubaï avec son épouse, où il investissait dans l’immobilier tout en continuant son trafic, El Messaoudi s’était ensuite replié à Istanbul en obtenant la nationalité turque, une stratégie utilisée par des dizaines de trafiquants belges et néerlandais pour se mettre à l’abri des extraditions.
Son évasion de Turquie n’est pas un cas isolé. Le baron de la drogue néerlandais « Bolle Jos » Leijdekkers avait réussi le même tour avant de réapparaître en Sierra Leone, provoquant l’arrestation de plusieurs juges turcs pour corruption. Au moins trois trafiquants belgo-marocains ont suivi le même chemin depuis les Émirats vers le Maroc. Les chances qu’El Messaoudi purge un jour ses peines sont jugées extrêmement faibles.