Si vous aviez un petit ou même un gros problème de santé, à qui le raconteriez-vous ? Dans l’un des quartiers populaires (Belle-de-Mai, Saint-Mauront, Belsunce, etc.) du centre-ville de Marseille, peut-être bien à Rajaa Touahria, Razika Naoui, 47 ans ou Dalila Fedaoui. Ces mères de famille, que l’on rencontre, rayonnantes sous leurs voiles clairs, dans le hall de l’Hôpital européen, étaient déjà des piliers de leur communauté, de leur quartier, de l’école de leurs enfants ou encore de la permanence du Secours populaire.

« Tout le monde nous connaît ! », sourit Rajaa, qui n’a « jamais su rester inactive » et s’épanouit dans le bénévolat. Depuis deux ans, cette mère de trois enfants, qui était psychologue clinicienne en Algérie, consacre une demi-journée par semaine à son rôle d’ambassadrice en santé pour le projet Corhesan. Elle a suivi une formation de huit mois pour remplir au mieux cette mission bénévole très spécifique.

Pas de tabou

Au porte-à-porte avec les médiateurs et l’infirmière déployés sur ce dispositif innovant, des forums itinérants ou tout simplement sur un bout de trottoir, ces mamans prêchent la bonne parole de prévention à leurs voisines et voisins : dépistage des cancers, surveillance d’un diabète, rappel de vaccination, aucun sujet de santé n’est tabou. « Cette confiance que beaucoup nous font déjà, parce qu’ils nous voient vivre avec eux, ça aide énormément », témoigne encore Rajaa.

Si les femmes sont leurs principales interlocutrices, car ce sont le plus souvent à elles qu’échoit le suivi médical de toute la famille, les hommes ne sont pas oubliés. « Ce sont ceux qui se soignent le moins, estime Razika, qui était laborantine en Algérie. Ils veulent se montrer forts, ont de la difficulté à parler de ce qui ne va pas et puis ils ont une méfiance depuis le Covid » à l’égard de politiques de santé publique vécues particulièrement douloureusement dans les quartiers populaires, dont beaucoup des « premiers de cordée » de la pandémie étaient issus.

« Ils ont besoin d’un discours de réassurance par rapport au monde médical. » Les ambassadrices en santé peuvent aider les habitants à prendre un rendez-vous médical, voire les y accompagner s’ils en expriment le besoin. Et cela aussi est plus facile à demander quand la personne en face de vous est votre voisine. « Il ne s’agit pas de faire à leur place, précise le Dr Stanislas Rebaudet, infectiologue, à l’initiative du dispositif Corhesan, mais de faire avec eux, afin que la prochaine fois, ils puissent seuls poursuivre leurs soins. »