Le nazisme, les fours crématoires, le « bruit des bottes »… comment les politiques abusent du Point Godwin au total mépris de l’histoireTravail de mémoire
« Cet intérêt est manifestement ravivé par la facilité technologique qu’offrent ces consultations d’archives en ligne », remarque Martin Clemens Winter, de l’Université de Leipzig, toutefois « surpris » par l’ampleur de la demande. Car les documents mis en ligne n’ont rien de novateurs. Les cartes de huit millions et demi de membres du parti nazi ont été saisies en 1945, à la libération, par les troupes alliées, en l’occurrence américaines, qui s’en sont servi pour le processus de dénazification de l’Allemagne. À la réunification en 1990, ces documents ont été transférés à Berlin, après avoir été enregistrés par les Américains, sur des micros films. Ce sont ces documents que l’on trouve en accès gratuit sur internet, mais qui sont déjà accessibles, à la demande et par écrit, auprès des archives nationales à Berlin. 75 000 demandes de renseignements leur sont adressées chaque année. « À voir donc si ce regain d’intérêt marquera une vague passagère ou un phénomène durable », note Martin Clemens Winter.
81 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le travail de mémoire semble en tout cas loin d’être terminé, comme le montre aussi une nouvelle exposition du centre de documentation « Topographie de la terreur » à Berlin intitulée « Que savaient les Allemands de l’Holocauste ? ». Cette exposition rappelle l’impact de la propagande nazie et l’interdiction de relayer toute information sur les crimes du régime, mais montre aussi la visibilité de la politique répressive de l’époque. Comment ne pas voir les expulsions de voisins juifs ? Comment ne pas comprendre la réalité dramatique des camps de travail situés à proximité des villes allemandes ? Sans parler qu’un Allemand sur deux écoutait la BBC et que les Alliés ont souvent parachuté des tracts décryptant la politique nazie. « Ceux qui voulaient savoir le pouvaient », résume la conservatrice Sabine Kritter.
Comment les théories nazies ont façonné le monde du travailUn débat incessant
« Il y a eu beaucoup de recherche depuis les années 2000 autour de cette question, mais dans la population au sens large, elle n’a pas forcément été posée », reconnaît de son côté Christian Schmittwilken, de la « Topographie de la terreur ». « Aujourd’hui, à l’exception de l’extrême droite, la plupart des familles acceptent le fait que le régime nazi a commis des crimes inconcevables mais dans de nombreuses familles, l’idée prévaut que les grands-parents n’étaient peut-être pas vraiment impliqués. Avec l’exposition, nous voulons inciter les gens à se pencher à nouveau sur ces questions ».
Dans ce contexte, l’éloignement temporel joue un rôle à double tranchant. « Les générations les plus éloignées soit ne s’intéressent plus autant au sujet, soit replacent cette période dans son contexte historique qui leur permet d’y accéder plus facilement sur le plan émotionnel » constate Christian Schmittwilken. « Nous vivons aussi désormais dans une société d’immigration où, pour beaucoup, ce passé n’a pas la même dimension familiale ». Cette ambivalence, l’historien Martin Clemens Winter la constate aussi dans la mise en ligne des archives américaines. « Ces archives relancent l’intérêt de certains, mais suscitent aussi des critiques de la part de personnes qui disent vouloir tourner la page du nazisme. Or le fait que ces gens s’insurgent montre qu’ils ne sont finalement pas si indifférents au sujet ». Le thème semble donc loin d’avoir perdu de son acuité.