Une perte de volume de 15 à 20 %
L’UGCB, qui regroupe 131 crus prestigieux issus des plus belles appellations du Bordelais (avec des prix qui vont de 15-20 euros la bouteille à 250-300 ou plus), était justement en tournée aux USA en janvier. Ce pays est le deuxième marché à l’export en volume (15 %) pour les vins de Bordeaux, derrière la Chine (17 %) et devant le Royaume-Uni (13 %).
guillement
Depuis le retour de Donald Trump, on estime que la perte de volume pour Bordeaux se situe entre 15 et 20 %. »
« Là-bas, les vins français étaient souvent absents des étagères parce qu’ils n’étaient toujours pas partis de France, les distributeurs attendant la décision de la Cour suprême. » Celle-ci est finalement tombée le 20 février, annulant une grande partie des droits de douane décidés par le président américain. Dans la foulée, Donald Trump a contre-attaqué en imposant une taxe mondiale de 10 %, passant à 15% le lendemain, appliquée pendant une période de 150 jours, sur tous les produits entrant sur le sol américain.
Tarifs douaniers : désavoué par la Cour suprême, Trump persiste et signe
« On a déjà connu une série de taxes : en octobre 2019, les vins français (hors champagne et cognac) étaient taxés à 25 % lors du premier mandat de Trump. En mars 2021, on est retombé à 0 % et on est remonté à 15 % en juillet 2025. »
« Depuis le retour de Donald Trump, on estime que la perte de volume pour Bordeaux se situe entre 15 et 20 % », poursuit François-Xavier Maroteaux. Quant à l’accord Europe-Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), il « ne révolutionnera pas les choses car ce sont, à ce stade, de petits marchés et il reste encore énormément de travail d »évangélisation’ à faire. En outre, certains de ces pays ont leur propre production et sont donc nos concurrents ».
Pour le vin, moins il y a de barrières, plus le monde est ouvert, mieux c’est. »
Et de résumer : « Pour le vin, moins il y a de barrières, plus le monde est ouvert, mieux c’est. » Et des barrières, il y en a ! Aux droits de douane américains s’ajoutent une consommation française et mondiale en lente érosion, la faiblesse de la croissance économique – « quand le contexte économique est moins bon, les gens achètent moins » – et la dépendance aux taux de change – « quand on a pris les 15 % de taxe aux États-Unis, on a pris en même temps 15 % sur le dollar ».
De 125 000 à 75 000 hectares…
Cela se voit, François-Xavier Maroteaux, 43 ans, aime sa région d’adoption qui est devenue sa région de cœur. C’est en effet en 2015, à 32 ans, qu’il a plongé dans le bain bordelais, quand il a rejoint son père pour gérer le château familial, Branaire-Ducru.
Ce diplômé en finance de l’université de Paris Dauphine, passé par le monde bancaire (CIC) – « les banques, on en a besoin », sourit-il - et LVMH – « je m’occupais des financements bancaires et obligataires pour la holding » – avait suivi un cursus à l’Institut des sciences de la vigne et du vin à Bordeaux. « Une formation condensée d’un an pour gérer une propriété. »
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On est passé à 108 000 ha en 2022 à Bordeaux et… 85 000 en 2025. On pense qu’on sera à 75 000 ha cette année. »
« On a beaucoup planté à Bordeaux, reprend-il, avec un pic en 2004-2005: 125 000 ha. Ensuite, alors que la consommation commençait à baisser dans les marchés matures, on a planté aux États-Unis, Chili, Australie et Chine. On a cru qu’on allait pouvoir écouler les vins en Chine avec son 1,2 milliard d’habitants. Cela ne s’est pas fait et aucun autre marché n’a pris le relais. Tandis que la concurrence mondiale augmentait avec l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Chili… Depuis quelques années, on arrache donc beaucoup de vignes, et pas qu’à Bordeaux. On est passé à 108 000 ha en 2022 à Bordeaux et… 85 000 en 2025. On pense qu’on sera à 75 000 ha cette année. »
« Depuis une dizaine d’années, un certain nombre de propriétés connaissent des difficultés, reconnaît-il, parfois beaucoup de difficultés. » Trésoreries en berne et cuves pleines. Et ce, « alors que Bordeaux n’a jamais fait d’aussi bons vins, et dans toutes les catégories ».
guillement
Si la génération de mon père a baigné dans Bordeaux, la région a ensuite monté ses prix et a perdu des consommateurs historiques qui sont allés à la découverte d’autres pays. »
« Il faut communiquer, martèle-t-il. Si la génération de mon père a baigné dans Bordeaux, la région a ensuite monté ses prix et a perdu des consommateurs historiques qui sont allés à la découverte d’autres pays. Depuis lors, la nouvelle génération n’a plus de repères, les prix de nombreux vins dans le monde ont augmenté alors que Bordeaux a baissé les siens pour un niveau qualitativement élevé. » Et de conclure : « C’est là que je suis optimiste pour Bordeaux : on a les bons produits, à nous de les expliquer. De convaincre les gens qu’on peut les boire après 10-15 ans, mais aussi dans leur jeunesse. Je suis persuadé que Bordeaux, en espérant que le cycle économique s’améliore et en comptant sur les effets de l’arrachage des vignes dans le monde, aura une part de marché plus importante dans le futur. »
« Fin des années 1980, Bordeaux, c’était le Graal »
C’est en avril 1988, que Patrick Maroteaux, le père de François-Xavier, « passionné de vin », acquiert le château Branaire-Ducru, à Saint-Julien. « Fin des années 1980, Bordeaux, c’était le Graal. »
En avril 2015, François-Xavier Maroteaux rejoint son père pour la gestion du domaine, avant de prendre sa suite à son décès, en novembre 2017. Il est le seul de sa famille à être dans l’opérationnel.
Branaire-Ducru, c’est « un 4e grand cru classé de 1855, au même titre, en appellation Saint-Julien, que Talbot, Saint-Pierre et Beychevelle ». Du beau monde. La production annuelle s’élève à environ 170 000 bouteilles en Branaire-Ducru et 120 000 du second vin, Duluc de Branaire-Ducru. Le chiffre d’affaires de la propriété, où sont employées 35 personnes, varie entre 6 et 9 millions d’euros en fonction de la qualité du millésime et du contexte économique qui déterminent les prix.
François-Xavier Maroteaux en quelques dates
18 mars 1983 : naissance de François-Xavier Maroteaux à Orléans.
Juin 2011 : après 3 ans dans le secteur bancaire (CIC), il entre chez LVMH.
Avril 2015 : il rejoint le château Branaire-Ducru, propriété familiale.
Mars 2026 : l’Union des grands crus de Bordeaux (UGCB), qu’il préside depuis février 2025, fait escale à Bruxelles.