Environnement difficilement observable pour la science, l’utérus d’une femme enceinte recèle encore aujourd’hui quelques mystères. Mais que comprend déjà la science de notre développement sensoriel et moteur d’avant notre naissance?
L’utérus d’une femme enceinte – aussi appelé « utérus gravide » en langage technique – est l’un des environnements les plus mystérieux et inaccessibles. La raison est simple: il est impossible pour la science de l’observer de l’intérieur sans risquer de le compromettre, lui et le fœtus qui s’y développe.
Ce que nous savons, c’est qu’avant de naître, nous sommes loin d’être de simples organismes passifs. Bien au contraire, plus on avance dans la gestation, plus le fœtus devient un explorateur actif et curieux, qui développe une multitude d’outils essentiels pour appréhender la vie future, hors de l’utérus.
Une sage-femme écoute les battements cardiaques du bébé dans le ventre d’une femme enceinte à l’aide d’un échographe, photo prise le mardi 10 décembre 2024 à la clinique gynécologique de l’Inselspital à Berne. [KEYSTONE – CHRISTIAN BEUTLER]
Laila Craighero, professeure de psychobiologie à l’Université de Ferrare, en Italie, a exploré ce sujet dans son essai Imparare prima di nascere (« Apprendre avant même de naître: à la découverte du monde mystérieux de la période prénatale »), publié en 2025. Elle y retrace le parcours développemental du fœtus pendant les neuf mois de gestation.
Le rôle crucial du mouvement
Durant ces neuf mois, le fœtus entame un long apprentissage qui le prépare à la découverte du monde. Le mouvement y joue un rôle essentiel. Jusqu’à la 22e semaine de gestation, le fœtus flotte et fait des culbutes. « Rien n’est jamais dénué de sens dans la nature », explique la chercheuse.
« Ces mouvements nous permettent de recueillir des informations, car si l’on est immobile, on ne peut rien recueillir. En faisant ces culbutes, le fœtus entre en contact avec différentes parties de l’environnement utérin: son propre corps, le cordon ombilical, ou encore la paroi utérine. »
Il s’agit d’une photo de presse datant de 2001, issue de l’émission télévisée NOVA diffusée sur la chaîne américaine PBS, qui montre une étape du développement d’un fœtus. Cette émission présentait une nouvelle approche, mise à jour grâce aux technologies modernes, du photographe scientifique suédois Lennart Nilsson, qui avait fait sensation en 1983 avec son film « Le miracle de la vie ». [KEYSTONE – LENNART NILSSON]
Selon l’hypothèse de Laila Craighero, ces mouvements développent la notion que quelque chose peut se produire et que certains mouvements entraînent des conséquences sensorielles spécifiques.
Le développement sensoriel, une séquence précise
On sait aujourd’hui que le développement sensoriel suit un ordre précis, identique chez tous les mammifères et les oiseaux. « Le toucher se développe en premier, puis le système vestibulaire, qui nous indique si notre tête tourne ou si nous nous déplaçons vers l’avant ou vers l’arrière, puis le goût et l’odorat, puis l’ouïe, et enfin la vue », explique la professeure.
Un aspect fondamental lors de ce processus est que l’environnement utérin filtre les informations provenant de l’extérieur. Tous les organes, le liquide amniotique, les tissus maternels et la couche de graisse filtrent les informations entrantes, et ce filtrage semble essentiel pour le développement prénatal du système nerveux.
Goût et odorat: les premières saveurs
Le goût et l’odorat se développent également très tôt. Une étude de 1995 a démontré que des molécules odorantes, comme l’ail, passent dans le liquide amniotique. « On a demandé à des mères subissant une amniocentèse d’ingérer des comprimés avec ou sans ail. Le liquide amniotique recueilli a ensuite été senti par des adultes, à qui l’on a demandé d’indiquer s’il avait une odeur d’ail ou non », explique Laila Craighero.
Une étude récente, datant de 2022, a révélé des résultats surprenants. « Le visage des fœtus dont la mère mangeait des carottes s’illuminait d’un sourire, tandis que ceux qui mangeaient du chou affichaient une expression de dégoût », relate la chercheuse.
Une gynécologue montre du doigt la tête d’un fœtus sur une échographie, dont la longueur crânio-caudale (LCC) de 24,2 mm indique une durée de grossesse d’environ 9 semaines. [KEYSTONE – HENDRIK SCHMIDT]
Selon elle, il s’agirait d’une sorte de mémoire évolutive sensitive. Les aliments sucrés sont riches en calories et, consommés en grande quantité chez le nourrisson, ils font ressortir les pommettes. À l’inverse, les bébés qui sont exposés à des aliments amers les recrachent généralement avec dégoût. Cette capacité à percevoir et à distinguer les différentes saveurs serait donc déjà présente chez le fœtus.
L’ouïe, un monde de sons filtrés
Quant à l’ouïe, le ventre de la mère est un véritable brouhaha: les battements de son cœur, ses mouvements intestinaux, sa respiration et le flux sanguin dans le cordon ombilical.
« Les sons extérieurs doivent rivaliser avec ces sons internes », raconte Laila Craighero. « Les sons provenant de l’extérieur sont donc fortement atténués, surtout les hautes fréquences, c’est-à-dire les sons aigus. Les sons graves, quant à eux, sont moins atténués. »
Une femme enceinte lors d’une échographie, photographiée le mardi 10 décembre 2024 à la clinique gynécologique de l’Inselspital à Berne. [KEYSTONE – CHRISTIAN BEUTLER]
Des études menées sur des brebis gestantes, dont l’environnement intra-utérin est similaire à celui de l’être humain, ont montré que « les fœtus de plus de 36 semaines de gestation parvenaient à différencier le volume des sons externes, distinguaient les sons graves des sons aigus et pouvaient reconnaître la différence entre un violon et un piano », relate même Laila Craighero.
Le bouleversement de la naissance
La naissance représente un changement radical. « Je suis certaine qu’il s’agit de l’événement le plus traumatisant de toute notre vie », affirme la professeure.
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Le nouveau-né passe d’un environnement protégé, douillet, chaud, où il est « amorti » et comme en suspension, à un autre, où il est « soudainement confronté à toutes les énergies physiques présentes, qui ne sont plus filtrées par les tissus et les fluides. Il y a les ondes sonores, les rayonnements électromagnétiques tels que la lumière, les stimuli mécaniques, thermiques et chimiques, et la pleine force de la gravité. »
Heureusement, les nouveau-nés sont myopes à la naissance. Leur vision ne s’étend que sur 30 à 35 centimètres et ils perçoivent très peu de couleurs. C’est ici que commence le plus dur: la découverte du monde extérieur, un univers qui ne demande qu’à être exploré.
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Sujet original: Matteo Martelli (RSI), Manuela Bieri (RSI)
Adaptation française: Julien Furrer (RTS)