Dans une industrie saturée par les codes d’une pop calibrée pour la consommation rapide, cet opus se distingue aussi par sa diversité de styles : du jazz au R’n’B en passant par la soul, le slam et même une touche d’électro, Raye crée un musical à part entière. Comme une actrice sur les planches, elle brise le quatrième mur et s’adresse directement à son auditeur pour contextualiser plusieurs de ses titres : « Laissez-moi vous planter le décor, déclare-t-elle en introduction. Notre histoire commence à 2 h 27 du matin, par une nuit pluvieuse à Paris. […] » Elle évoque ensuite l’amour et ses tourments, les sentiments contraires, la force de l’amitié, la famille mais aussi le rapport au corps. Des sujets intimes, portés par une plume qui oscille habilement entre émotion et humour.
Touchante diva
Avec l’excellent The WhatsApp Shakespeare par exemple, Raye mêle les cuivres d’un big band à un texte rappé, truffé de drôleries sur les amours modernes de sa génération. Dans Beware…The South London lover boy, elle s’amuse à transformer les hommes toxiques en créatures d’épouvante tout droit sorties des vieux films d’horreur… Plus tard, la voici en quête d’un mari qui serait, enfin, à sa hauteur, criant sur tous les toits qu’elle voudrait « un gros diamant étincelant » à l’annulaire dans son manifeste WHERE IS MY HUSBAND!, sorti en septembre 2025 et certifié single de platine le mois dernier.
This music may contain hope est donc un grand album, conçu comme une fresque romanesque et cathartique, d’une élégance folle teintée d’impertinence. Parmi les pépites, deux pistes plus oubliables toutefois : Life Boat, dont les accents house tranchent peut-être trop avec l’ensemble pour nous convaincre qu’ils sont indispensables, et Happier Times Ahead, qui s’essouffle vite en passant après l’exaltant Joy. Cet hymne à la joie est interprété en trio avec Amma et Absolutely, les soeurs de Raye, qui avaient assuré la première partie de ses concerts. En plus d’une autre collaboration familiale avec son grand-père Michael, la chanteuse s’est aussi offert un duo avec Al Green, légende de la soul, sur le touchant Goodbye Henry.

RayeAliyah Otchere