Le programme du roi belge

Mardi 11 heures. Les souverains et la délégation sont accueillis à leur arrivée à Oslo par le prince hériter Haakon de Norvège. La reine Mathilde, en rose pâle, est lumineuse sous le crachin. La silhouette ondoyante dans le vent polaire, tenue signée Dior. Une touche de poésie entre les uniformes du prince Haakon et du roi Philippe.

C’est au Palais royal d’Oslo qu’a lieu la cérémonie officielle d’accueil par le roi Harald et la reine Sonia. Harald V est roi de Norvège depuis 1991. A 89 ans, il est actuellement le monarque régnant le plus âgé d’Europe. Les hymnes nationaux sont joués. Salut au drapeau. Inspection de la garde d’honneur par le roi Philippe et le prince Haakon. Ce dernier accompagnera les souverains dans chaque étape de la visite.

Jusqu’en 1905 – date du début de la monarchie norvégienne moderne et d’une nation pleinement indépendante, avec l’arrivée du roi Haakon VII et de la reine Maud – le palais n’était occupé que lors des visites à Oslo du roi norvégien-suédois. Il a été ensuite réaménagé pour servir de résidence royale permanente et a été restauré à plusieurs reprises. De construction néoclassique, le palais a été conçu par l’architecte d’origine danoise Hans Ditlev Franciscus Linstow (1787-1851).

La princesse Elisabeth victime de l’IA : des vidéos de la future reine dansant en petite tenue circulent sur les réseaux sociaux

A l’intérieur a lieu une rencontre entre le roi Philippe et le roi Harald dans le bureau de ce dernier, ponctuée par un cliché officiel des deux couples royaux dans la Salle des Oiseaux, l’une des plus célèbres du Palais. Son thème reflète « le romantisme national, l’essor de la conscience nationale norvégienne et l’intérêt croissant pour la nature et l’histoire ».

Suivront, dans d’autres pièces, les traditionnels échanges de présents et décorations et la signature du livre d’or.

Mais ce qui capte l’attention médiatique est la présence inattendue de la princesse Mette-Marit. L’ événement est relayé dans les minutes qui suivent par la presse locale, dont le site du tabloïde VG (Verdens Gang, La marche du monde), lequel publie un cliché où l’on voit Mette-Marit au côté du prince Haakon et des souverains belges. Dagbladet met en ligne une photo où l’on entrevoit, à l’arrière d’une voiture, le visage à la fois souriant et fermé de la princesse arrivant au Palais.

Le roi Philippe et la reine Mathilde en Norvège : annoncée absente, la princesse Mette-Marit finalement présente sur les photos officielles

Mette-Marit, dont la présence avait été initialement annoncée dans plusieurs étapes du programme, ne sera pas présente, avait précisé le Palais d’Oslo quelques jours avant le coup d’envoi de la visite d’État. « Son emploi du temps officiel est adapté à son état de santé », martèlent l’équipe du palais d’Oslo.

Pour rappel, la princesse héritière souffre d’une fibrose pulmonaire, une maladie impitoyable et encore largement méconnue du grand public. Le Palais avait annoncé en décembre dernier qu’elle devait se préparer à une transplantation pulmonaire. « La santé de la princesse héritière s’est détériorée, c’est pourquoi elle ne figure pas actuellement au programme de la visite d’État », soulignait encore une responsable de la communication du palais, Guri Varpe, à la chaîne NRK qui s’était inquiétée de ne pas voir le nom de Mette-Marit à l’agenda.

La princesse Mette-Marit inquiète : sa santé « s’est nettement dégradée », son programme a dû être modifié

Le couple royal belge a donc mené de front, avec le prince Haakon, l’ensemble des étapes de la visite. Pas de programme séparé cette fois, comme ce fut le cas, pour le Roi et la Reine. Cela s’inscrit aussi, nous confirme le Palais, à une tendance plus large. Depuis quelque temps, les programmes ont tendance à fusionner. Ce point, qui permet un traitement au fond plus égalitaire, est apprécié d’ailleurs par la presse qui suit les visites, et par les principaux interlocuteurs. Plus de programme taillé sur mesure, un peu à l’ancienne, où les volets socio-culturels étaient davantage réservés à la reine, tandis que le roi vaquait aux affaires économiques et stratégiques. Ces temps sont révolus lors des visites d’Etat belges depuis un moment déjà.

Si elle a fait bonne figure pour accueillir le couple royal belge, un véritable cadeau, selon plusieurs témoins norvégiens que nous rencontrerons, l’état de la princesse Mette-Marit se fragilise de jour en jour. Elle a, rappelle un officiel, « besoin croissant d’entraînement, de repos et de récupération ».

A Oslo, un chauffeur nous montre, sur son smartphone, des photos toutes fraîches. « Nous sommes fiers qu’elle soit là pour les souverains belges », dit-il dans un anglais impeccable.

La reine Mathilde dans une tenue solaire sous la pluie norvégienne (photos)

Quelques jours plus tôt, la presse populaire finlandaise, dont Dagbladet, publiait des photos où on la voit se promener avec son époux, vêtue d’une tenue streetwear – jean baggy, doudoune, baskets. Silhouette droite. Belle, le visage avenant. Coiffé d’un bonnet, le prince Haakon la suit de près. Il porte ce qui ressemble à un concentrateur d’oxygène. Entre eux on aperçoit un tube translucide lié à une canule nasale que porte Mette-Marit.

Un chauffeur de taxi nous montre l'un des sites de la presse populaire norvégienne qui, comme d'autres, a réagi instantanément et de façon spectaculaire à la présence de la princesse héritière Mette-Marit pour accueillir les souverains belges au palais royal d'Oslo.Un chauffeur de taxi nous montre l'un des sites de la presse populaire norvégienne qui, comme d'autres, a réagi instantanément et de façon spectaculaire à la présence de la princesse héritière Mette-Marit pour accueillir les souverains belges au palais royal d'Oslo.Un chauffeur de taxi nous montre l’un des sites de la presse populaire norvégienne qui, comme d’autres, a réagi instantanément et de façon spectaculaire à la présence de la princesse héritière Mette-Marit pour accueillir les souverains belges au palais royal d’Oslo. ©Emmanuelle Jowa, Paris Match Belgique

Les Norvégiens scrutent l’évolution de son bulletin de santé. « Vous ne risquez pas de la voir beaucoup en plein air », poursuit notre interlocuteur tandis que nous rejoignons la délégation belge sur le site du Monument national aux victimes de la guerre 1940-45 pour un dépôt de gerbe en présence des souverains belges et du prince Haakon. « Le froid, le vent, ne le lui permettent pas. Si elle le fait, c’est munie désormais de cet appareil respiratoire. Je pense que si vous la voyez encore durant cette visite d’État, ce sera seulement dans un air sain et sec. »

Truffe, œufs de corégone, truite de montagne… Voici ce qu’ont mangé le roi Philippe et la reine Mathilde lors du banquet d’État en Norvège

Quant à l’hypothèse d’une transplantation pulmonaire dont la princesse devrait pouvoir bénéficier à un moment donné, le chauffeur répond, cassant : « Vous savez, on en parle beaucoup ici : cette opération est à haut risque. Nous sommes convaincus qu’elle ne la subira que quand elle n’aura plus le choix. Et si elle le fait, ce sera en tout cas ici, en Norvège. »

L’intervention en question est statistiquement plus risquée après 60 ou 65 ans, le timing doit être mesuré entre l’inconfort du patient, son âge, et une série infinie de paramètres. Mette-Marit suit les questions médicales de près, rappellent plusieurs portraits d’elle dans la presse locale. On sait par ailleurs qu’elle est engagée pour la santé mentale, avec une attention particulière portée aux jeunes et à l’inclusion, et soutient les efforts internationaux contre les discriminations liées au VIH/sida.

Autre source d’inconfort et de mal-être évoquée par les Norvégiens dans la presse locale, « l’affaire du fils ». « Vous imaginez le déchirement d’une mère… », poursuit notre témoin.

La princesse héritière subit sans nul doute le contre-coup de la saga judiciaire dans laquelle son fils, Marius Borg Høiby, né d’une première union, est empêtré. Le 18 mars, le Parquet norvégien a requis sept ans et sept mois de prison à l’encontre de ce dernier jugé pour des viols et des violences sur d’ex-compagnes. Une réunion de crise aurait été organisée par le roi Harald V. La princesse se repose beaucoup, dit-on, au domaine royal de Skaugum, à une vingtaine de kilomètres d’Oslo.

Autre source de tension, qui contribue à créer que cette dernière a été citée il y a quelque temps dans les dossiers Epstein. Cette affaire nuit bien sûr à l’avenir de la Couronne norvégienne. Les sondages ne sont pas favorables au couronnement futur de Mette-Marit.

La princesse Mette-Marit de Norvège dans la tourmente : pourrait-elle perdre son mari et sa couronne ?

Entre la maladie dont elle souffre, l’affaire du fils et le dossier Epstein, c’est ce dernier qui met le plus en péril, aux yeux de l’opinion publique, sa popularité. « Elle est engagée dans différentes causes, notamment pour la défense des jeunes et des femmes, en substance », nous dit une jeune journaliste de Dagbladet. « Ce que le public veut savoir c’est ce qu’elle-même savait exactement du profil d’Epstein. C’est aux yeux du monde le plus crucial. »

Qant à la popularité du prince héritier Haakon, elle resterait inchangée, voire renforcée. Même s’il se montre désormais plus fermé. « Il a toujours communiqué très facilement. Il répond moins aux questions aujourd’hui. » Ce dans un pays où les « royals » ont le droit, comme dans d’autres monarchies du nord, d’accorder des interviews directes à la presse.

« L’onde de choc provoquée par la publication fin janvier de 3 millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein n’a pas fini de se faire ressentir en Norvège », relevait récemment le Courrier international. « Le Comité Nobel, l’organe norvégien qui décerne le prix Nobel de la paix traverse une crise de confiance depuis la publication des fichiers Epstein fin janvier. Son ex-président fait l’objet d’une enquête pour corruption, alors que son vice-président est invité à démissionner. Certains à Oslo réclament une réforme des modalités d’attribution du prix. (…) Outre (…) un couple de diplomates en vue, c’est surtout le cas de Thorbjorn Jagland qui retient l’attention. Cet ancien Premier ministre et Epstein ont entretenu des contacts amicaux de 2011 à 2019. » (…) « Jagland se voyait offrir des voyages et des séjours de luxe, pendant qu’Epstein profitait de la notoriété du leader du Comité Nobel », résumait par ailleurs le site de la radio-télévision publique NRK le 9 février dernier.

Le Nobel Peace Centre à Oslo. Une étape importante dans la visite d'Etat des souverains belges en Norvège. Le roi Philippe et le prince Haakon y participent à une table ronde en présence de personnalités du monde académique, dont plusieurs rectrices d'universités belges.Le Nobel Peace Centre à Oslo. Une étape importante dans la visite d'Etat des souverains belges en Norvège. Le roi Philippe et le prince Haakon y participent à une table ronde en présence de personnalités du monde académique, dont plusieurs rectrices d'universités belges.Le Nobel Peace Centre à Oslo. Une étape importante dans la visite d’Etat des souverains belges en Norvège. Le roi Philippe et le prince Haakon y participent à une table ronde en présence de personnalités du monde académique, dont plusieurs rectrices d’universités belges. ©E. Jowa. Paris Match BelgiqueCoopération humanitaire

En parlant de paix, et d’humanité, retour vers le cœur battant de la visite d’État : ces valeurs auxquels adhèrent les deux pays. Notamment le respect du multilatéralisme et « un engagement commun pour le droit international et la dignité humaine ».

« La Belgique et la Norvège sont d’ardents défenseurs d’un ordre international fondé sur des règles et le respect des principes humanitaires. » Ceci inclut notamment les efforts de protection des civils dans les conflits armés.

Cette vision partagée sera illustrée lors d’une table ronde au Centre Nobel de la Paix à Oslo, un lieu qui incarne les valeurs de paix de droit international et d’engagement humanitaire.

Une étape importante dans la visite d’Etat des souverains belges en Norvège. Le roi Philippe et le prince Haakon y prennent la parole, de même qu’une série d’experts et de personnalités du monde académique, dont plusieurs rectrices d’universités belges.

(L to R) Belgium's Queen Mathilde, Belgium's King Philippe and Norway's Crown Prince Haakon speak during a tour of the Nobel Peace Center and a roundtable on international humanitarian law in Oslo, on March 26, 2026. (Photo by Amanda Pedersen Giske / NTB / AFP) / Norway OUT(L to R) Belgium's Queen Mathilde, Belgium's King Philippe and Norway's Crown Prince Haakon speak during a tour of the Nobel Peace Center and a roundtable on international humanitarian law in Oslo, on March 26, 2026. (Photo by Amanda Pedersen Giske / NTB / AFP) / Norway OUT(L to R) Belgium’s Queen Mathilde, Belgium’s King Philippe and Norway’s Crown Prince Haakon speak during a tour of the Nobel Peace Center and a roundtable on international humanitarian law in Oslo, on March 26, 2026. (Photo by Amanda Pedersen Giske / NTB / AFP) / Norway OUT ©Amanda Pedersen Giske / NTB

Si ni le Centre Nobel de la Paix, ni l’État norvégien ne participent à l’attribution du prix Nobel de la paix, le lieu est apparu comme symboliquement éloquent pour le cadre de réflexion qu’il offre. Une réflexion sur l’héritage des lauréats du prix Nobel qui ont fait progresser la promotion du droit international humanitaire, des principes humanitaires et la protection des civils.

Aux murs, des citations et portraits de figures renommées, dont Nelson Mandela. Le roi Philippe et le prince Haakon y prendont la parole. Sobrement. La voix basse, un trait royal.

La fureur de lire

Au-delà des volets énergétique, environnemental, sécuritaire et stratégique, la coopération entre la Belgique et la Norvège compte aussi des aspects sociétaux et culturels auxquels la reine Mathilde et la princesse Mette-Marit sont particulièrement sensibles.

À la bibliothèque Deichman d’Oslo, l’organisme gestionnaire des bibliothèques publiques de la capitale norvégienne, les souverains belges ont pris par à un séminaire interactif sur l’amélioration des compétentes en lecture des enfants. « Across Borders: Reading, a Skill for Life » (Au-delà des frontières : La lecture, une compétence essentielle), où est notamment encouragée la curiosité des jeunes, l’application, l’éducation et l’inclusion.

La Norvège et la Belgique montrent une baisse des scores en lecture chez les adolescents de 15 ans dans les résultats PISA 2022, situés en dessous de la moyenne de l’OCDE. « Ce défi commun ouvre la voie à une collaboration bilatérale, incluant la recherche conjointe, éventuellement des échanges d’enseignants, et un dialogue sur les politiques. »

La reine Mathilde, comme la princesse Mette-Marit, encourage activement la lecture comme moyen de développer l’empathie et de favoriser l’apprentissage tout au long de la vie à travers une série d’initiatives. Toutes deux partagent le goût de la littérature.

Queen Mathilde of Belgium and Queen Sonja of Norway pictured during a visit to the Deichman Bjorvika Library, in Oslo, on day two of the official state visit of the Belgian royal couple to Norway, on Wednesday 25 March 2026. Belgian monarchs are on an official state visit to Norway from 24 to 26 March 2026. BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNEQueen Mathilde of Belgium and Queen Sonja of Norway pictured during a visit to the Deichman Bjorvika Library, in Oslo, on day two of the official state visit of the Belgian royal couple to Norway, on Wednesday 25 March 2026. Belgian monarchs are on an official state visit to Norway from 24 to 26 March 2026. BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNEQueen Mathilde of Belgium and Queen Sonja of Norway pictured during a visit to the Deichman Bjorvika Library, in Oslo, on day two of the official state visit of the Belgian royal couple to Norway, on Wednesday 25 March 2026. Belgian monarchs are on an official state visit to Norway from 24 to 26 March 2026. BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE ©Belgaimage

Mais lors de cette séance, dans ce lieu à la luminosité somptueuse, Mette-Marit ne sera pas présente. Ce seront la reine Mathilde, le roi Philiippe et le prince Haakon qui assureront, par petits groupes et dans une grande simplicité, lecture de textes et échanges. Un moment hors du temps. Chaleureux, humain, feutré.

La semaine intense du roi Philippe et de la reine Mathilde au Chili, « l’autre toit du monde », entre échanges diplomatiques et observation astronomique. Paris Match, juillet 2025