Dans « They will kill you », sorti ce 25 mars, Asia (Zazie Beetz), la nouvelle femme de chambre du prestigieux hôtel Virgil, doit survivre une nuit entière aux fous furieux qui le peuplent, clients comme personnel, qui ont fait du lieu un temple dédié à Satan. Chaque mois, une victime innocente lui est sacrifiée, et c’est son tour. Dirigés par la grande prêtresse et directrice de l’hôtel, jouée par Patricia Arquette, nos satanistes, dont les acteurs Tom Felton et Heather Graham, ignorent cependant que leur proie est d’une nature un peu spéciale et ne va pas se laisser faire… La nuit sera longue à l’hôtel Virgil.
Vous retrouvez dans ce scénario un petit goût de « Wedding Nightmare » (dont le deuxième volet arrive le 8 avril), où la jeune épousée jouée par Samara Weaving devait résister jusqu’à l’aube aux assauts sanglants de sa belle-famille, emmenée par Andie MacDowell ? C’est pas faux. Le film de Kirill Sokolov creuse le même sillon dans la chair humaine, entre effets gores et humour noir, et en mettant en vedette dans le rôle de la méchante en chef une actrice qu’on n’attend pas forcément là…
Longtemps un peu snobé par l’industrie hollywoodienne, le cinéma d’horreur est depuis un bail devenu un refuge inattendu pour des stars en quête de renouveau. Alors que les propositions de rôles intéressants continuent de se raréfier avec l’âge, les films et séries horrifiques offrent une seconde vie à des carrières parfois en perte de vitesse, même si de son côté Patricia Arquette illumine déjà la série « Severance », sur Prime Video – assez flippante aussi dans son genre.
Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Depuis une quinzaine d’années, l’horreur dite « élevée » – portée par des studios comme A24 ou Blumhouse – attire des comédiens reconnus, séduits par des scénarios plus audacieux et des personnages complexes. Résultat : ce qui était autrefois un détour devient un choix stratégique. Patricia Arquette suit cette dynamique. Même logique pour Andie MacDowell. Sa présence dans « Wedding Nightmare » a surpris autant qu’elle a relancé l’intérêt autour de la comédienne, qui y montrait une nouvelle image, plus subversive.
Andie MacDowell cheffe de famille sanglante dans « Wedding Nightmare ». – Content Curation
Belles à faire peur
La grande gagnante de l’exercice a été Demi Moore. Avec le film de body horror « The Substance », elle ne s’est pas contentée d’un retour : elle a opéré une transformation radicale. Le film, qui interroge le vieillissement et la pression exercée sur les corps féminins à Hollywood, résonne directement avec sa propre trajectoire. Idéal pour se réinventer – avec un Golden Globe à la clé.
Demi Moore dans « The Substance ». – Cinéart
Mais la plus franche réussite, c’est sans doute Winona Ryder qui l’a obtenue. L’actrice a connu un retour spectaculaire grâce à la série « Stranger Things ». En renouant avec une esthétique horrifique teintée de nostalgie, elle a su capitaliser sur son statut d’icône des années 80 et 90 tout en s’inscrivant dans une narration contemporaine. La série a agi comme une passerelle entre les époques, et son succès planétaire a replacé l’actrice au cœur de la pop culture.
Winona Ryder dans « Stranger Things ». – Netflix
Certains parcours montrent que cette relation avec l’horreur peut s’inscrire dans la durée. Jamie Lee Curtis en est l’exemple parfait. Reine du « scream » depuis « Halloween » en 1978, elle a retrouvé son rôle mythique dans la trilogie récente. Loin d’un simple clin d’œil nostalgique, cette résurrection a redéfini son héritage. Dans un Hollywood obsédé par la jeunesse et la rentabilité, c’est peut-être là que se joue aujourd’hui la véritable audace.
La mort au masculin
Le cinéma d’horreur n’est pas un refuge que pour les actrices « vieillissantes ». Chez les hommes, Ethan Hawke a trouvé dans « Sinister » puis « Black Phone » des rôles marquants, loin de son aura romantique. Ils lui ont permis de séduire une nouvelle génération de spectateurs. Et que dire de Nicolas Cage, catalogué tant de fois has been et qui, avec son clown blanc terrifiant de « Longlegs », a, une fois de plus, réussi à rebondir…
Saturn Films