Retirez les caméras des chaînes de télévision et les vestes des organisateurs de cet immense exercice grandeur nature et la situation paraît réellement chaotique. De nombreux tirs fusent, mais avec des balles à blanc. Le sang coule, mais il s’agit de fausse hémoglobine.
La zone de police Montgomery (Etterbeek, Woluwe-Saint-Lambert et Woluwe-Saint-Pierre) est la première à intervenir. Elle dresse alors le périmètre qui, par la suite, ne cessera de se resserrer sur les assaillants. Mais face à plusieurs individus armés, les équipes appellent rapidement du renfort. La zone Nord (Schaerbeek, Saint-Josse, Evere), dépêche une unité d’assistance plus lourdement armée. Un type d’unité dont la zone Montgomery n’est pas dotée. La coordination se met en place mais les minutes sont longues.
« C’est très difficile pour les agents, mais avant de secourir, il faut sécuriser »
En progressant, les forces de l’ordre enjambent des victimes jouées par des étudiants de l’école de police et des membres de la réserve citoyenne communale. « Aidez-moi, » lâche un jeune ensanglanté au pied d’un policier. Pas de réponse de l’homme en uniforme. « C’est très difficile pour les agents, mais avant de secourir, il faut sécuriser la zone. »
En attendant, les victimes tentent de s’organiser, d’aider les blessés. Des commerçants du centre ont aussi joué le jeu et protégé le public dans leurs locaux.
En pleine montée d’adrénaline, aucun détail ne doit échapper aux équipes d’intervention. Un sac oublié dans la panique fera craindre la possible présence d’explosifs.
« Il fallait avoir la présence d’esprit de l’écouter »
Au cœur de la cohue, une femme se met à hurler et à courir en plein milieu de la placette centrale du centre commercial. « Ma fille est dans le métro. » C’est là que se met en place une prise d’otage dans des rames qui venaient d’arriver à quai. Le contact téléphonique entre la mère et la fille permettra de lancer les négociations avec les tireurs. « Même si la mère paraissait paniquée, il fallait avoir la présence d’esprit de l’écouter, » nous explique-t-on.
Qui dit prise d’otage, dit forcément unité spéciale de la police fédérale. Celles-ci ont donc aussi été dépêchées à Woluwe-Saint-Pierre.
Le premier bilan est lourd, avec plus de 15 blessés et plusieurs morts. Une fois le centre commercial « clean, » les forces de l’ordre retiennent les tireurs dans le métro, laissant la place aux équipes de la zone Montgomery pour prodiguer les premiers secours aux victimes du Stockel Square.
« Pendant les attentats de Bruxelles, on s’est rendu compte que les militaires étaient bien mieux formés aux premiers soins que les agents de police. Depuis, ça a changé. Il y a du matériel de soin dans chaque voiture de police et chaque agent a son petit kit. Ils ont tous été formés à s’en servir, notamment pour faire des garrots, » commente le chef de corps de la zone Michaël Jonniaux. Ici, un troisième tireur devait venir perturber cette phase de prise en charge, mais il a été intercepté plus tôt que prévu dans le scénario.
« Il s’agit là d’un des plus gros exercices Amok de la zone et sûrement l’un des plus gros à l’échelle nationale. Nous en avions déjà fait un dans une école à Etterbeek et dans les locaux de l’UCLouvain à Alma, » poursuit le commissaire divisionnaire. Ce dimanche, 280 personnes étaient mobilisées, avec 70 figurants. Chaque équipe était suivie par un coach et chaque organe intervenant avait aussi envoyé des observateurs.
Communication et intervention
« Il y a quatre objectifs à ce type d’exercice, développe le chef de corps. En premier lieu, il s’agit de tester les procédures de communication. Ayant eu la possibilité d’entrer et de sortir du centre commercial pendant l’assaut, nous avons pu constater qu’à l’extérieur, plusieurs dizaines de minutes après le début de l’intervention, le nombre précis d’assaillants n’était pas encore connu de tous. « On teste aussi nos procédures d’intervention, les méthodes de collaborations inter-police et enfin la prise en charge des victimes. »
Exercice réussi alors ? « Il est trop tôt pour le dire, concède le chef de corps. Nous regarderons cela dans un second temps avec les différents observateurs. » Trois heures se seront écoulées entre le début et la fin de l’exercice.