Attention, spécimen rare ! À l’occasion de son exposition «Rêveries de pierres», l’École des arts joailliers, avec le Muséum national d’Histoire naturelle, nous invite à entrer dans l’univers minéral de Roger Caillois. Une sortie idéale pour ces vacances scolaires.

Et si les pierres nous racontaient des histoires ? Nichée dans le très confidentiel hôtel de Mercy-Argenteau à Paris, cette exposition réunit mille minéraux du monde entier qui ont inspiré Roger Caillois (1913-1978), l’un des plus grands écrivains et sociologues du XXe siècle. Une lecture résolument poétique de la géologie, à découvrir jusqu’au 29 mars.

Des agates hypnotiques aux géodes acidulées, chaque surface semble révéler une œuvre à part entière— un tableau que l’on croirait peint à la main. Ce phénomène fascinant relève pourtant de ce qu’il y a de plus naturel. Le procédé est similaire à ce qui nous incite à reconnaître des formes dans les nuages, car ces pierres imagées n’exigent ni bonne réponse ni logique rationnelle. Tout repose sur une interprétation parfaitement libre, et pour Roger Caillois, c’est tout l’intérêt du jeu.


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Selon l’écrivain, ce monde de pierres est un véritable «condensé de l’univers». Une manière à la fois cosmique et avant-gardiste de penser les pierres, héritée de sa fascination pour les penseurs de la Renaissance comme Léonard de Vinci. À travers des inclusions qui évoquent tour à tour des soldats d’un bataillon, des paysages lointains ou des courants d’un fleuve, chaque face de pierre raconte un récit singulier — une randonnée de l’imaginaire.

Fluorite présentée lors de l’exposition Rêveries de pierres : Poésie et minéraux de Roger Caillois à l’École des arts joailliers
Prof. Francois Farges, pHD

Un jeu de hasard

La collection de Roger Caillois est née en 1942, lorsqu’un quartz lui est offert lors de sa tournée au Brésil, avant d’être confisqué par la douane. Dans la mémoire collective, cette pierre fondatrice devient l’image du trésor perdu. Si l’on dit bien trésor, c’est parce que l’on ne sait jamais ce qui se trouve à l’intérieur d’une pierre avant qu’elle ne soit découpée. Cette quête « à l’aveugle » devient un jeu de hasard et de surprises successives, à chaque fois que Roger Caillois se rend chez les marchands de minéraux. Selon une anecdote, il se serait même disputé avec le surréaliste André Breton, tous deux fréquentant le même marchand de septarias.

Ces échanges, ces rencontres et ces découvertes aux quatre coins du monde façonnent peu à peu son regard. Quand il voyage à Dali en Chine, le nom de ce village d’où provient le marbre baptisé « pierre de rêve » va inspirer cette nouvelle dimension onirique. Sa démarche créative s’inscrit alors dans un style proche de celui des surréalistes. Là où certaines audaces de couleurs chaudes lui évoquent la sensualité, des calcaires striés rappellent les ratures de son travail d’écrivain. Une collection qui se lit aussi bien comme un carnet de voyage que comme un miroir de l’âme. Cette visite se prolonge par une série de conférences, rencontres pédagogiques et même un atelier d’enfant, sur inscription. Des rendez-vous d’art à ne pas manquer.

« Rêveries de pierres : Poésie et minéraux de Roger Caillois », L’École des Arts joailliers, Hôtel de Mercy-Argenteau, 16 bis boulevard Montmartre, 75009 Paris. Visites gratuites sur réservation.

Agate présentée lors de l’exposition «Rêveries de pierres : Poésie et minéraux de Roger Caillois» à l’École des arts joailliers.
Prof. Francois Farges, pHD