En six chansons, Marguerite est devenue une star. Après tout, c’était la promesse de l’émission qui l’a révélée au grand public : la Star Academy, promotion 2024. Sortie du château de Dammarie-lès-Lys aux portes de la demi-finale, Marguerite fait partie de ces candidats qui n’ont pas brandi le trophée mais qui ont, pourtant, tout gagné. Elle a conquis les téléspectateurs par sa sensibilité, sa spontanéité et les convictions féministes qu’elle a su insuffler dans ses échanges avec les élèves. Lors des évaluations et des prime, elle s’est vite distinguée par sa capacité à occuper la scène avec une présence captivante et une vision artistique déjà très aboutie. Elle en a fait toute la démonstration en septembre dernier, lorsqu’elle a sorti son premier EP Grandir. La chanteuse de 25 ans y revient sur son enfance et son adolescence, son rapport à la féminité, l’amitié, l’amour et le désir avec une touchante sincérité. Portées par d’entraînantes mélodies, ses chansons mettent du baume au coeur autant qu’elles inspirent les réflexions douces-amères des grands questionnements existentiels.
Preuve, s’il en fallait, que les textes les plus personnels ont une portée universelle, un titre en particulier est devenu un véritable hymne générationnel : « les filles, les meufs ». Ce réjouissant refrain empreint de sororité est sur toutes les ondes depuis sa sortie : « Mais moi je préfère les filles, les femmes, les meufs // J’me sens plus tranquille quand y’a des filles dans la teuf // Je préfère les filles, les femmes, les meufs // J’me sens mieux dans ma vie, depuis que j’ai dit // Que je préfère les filles, les femmes, les meufs ». Naturellement, il a valu à son interprète d’être nommée dans la catégorie Chanson originale aux Victoires de la musique 2026. Entre deux concerts, nous avons échangé avec cette artiste à la trajectoire fulgurante à l’occasion d’un shooting organisé par Vanity Fair pour notre numéro de mars, disponible en kiosque dès le 25 février. Rencontre.
Votre single « les filles, les meufs », est sorti il y a moins d’un an, en avril 2025. Que ressentez-vous à l’idée de le défendre sur la scène des Victoires de la musique ?
Marguerite. C’est assez surréaliste de me retrouver nommée dans la même catégorie que Theodora, Helena, Luiza ou Charlotte Cardin que j’adore. J’ai retrouvé une photo datée de 2016, prise avec Charlotte quand j’étais allée la voir en concert. Aujourd’hui, je suis aux Victoires de la musique avec elle, c’est assez fou. Bien avant d’être une compétition, pour moi, c’est une grande célébration de la chanson, de la liberté d’être soi. J’envisage cette cérémonie comme l’occasion d’acter l’importance que « les filles, les meufs » a eu dans ma vie en créant un souvenir mémorable.
Cette chanson a connu un succès fulgurant, toutes générations confondues. Comment l’avez-vous vécu, étape par étape ?
Au moment de sa sortie, j’étais bouleversée. Personne n’avait anticipé le fait que les gens puissent autant s’approprier la chanson, d’une aussi belle manière. À vrai dire, avec le recul, je trouve ça toujours aussi dingue. La chanson continue de faire son chemin et trouve sa place dans le quotidien du public. J’ai découvert que beaucoup d’enfants l’écoutent. C’est peut-être ce qui me bouleverse le plus parce que j’ai conscience qu’à leur âge, ce qu’ils écoutent est déterminant. Savoir que des petits garçons et des petites filles chantent des paroles aussi libres que celles de ce texte m’a fait comprendre qu’il ne s’agit pas « que » d’un buzz. Je réalise que cette chanson va rester dans la mémoire des gens et ça me choque encore.
Comment cette soudaine notoriété a-t-elle chamboulé votre vie personnelle ?
Ce métier est particulier. Il faut trouver la balance entre le fait d’être artiste, de créer de façon personnelle et intime dans un processus d’introspection et, en même temps, travailler avec une équipe. Il faut arriver à imposer sa vision tout en faisant passer les bons messages pour que tout se passe bien. Je me découvre très entreprenante lorsque je dois concrétiser mes pulsions artistiques. Il faut pitcher ses idées, rendre sa créativité plus concrète, tout expliquer à des interlocuteurs nombreux et différents… Je m’auto-impressionne parfois. Quand j’étais plus jeune, il y a plein de moments où on ne m’écoutait pas quand je parlais. Là, on m’écoute et cette bascule est géniale. J’arrive à gérer des situations de stress énorme, de pression avant les concerts, pendant la promo… Je me demande encore « Comment je vais y arriver ? » et, en fait, mon corps y arrive. Je ressens cette forme d’empowerment. Bien sûr, parfois, je craque un peu, mais c’est aussi très bien. Je gère au mieux et je réalise toujours ma chance énorme.