Le parcours créatif de César Manrique commence dès l’enfance, avec une appétence marquée pour le dessin, et une admiration pour Matisse, Braque ou encore Picasso.

Après avoir vécu à Madrid puis à New York, César Manrique revient sur l’île de Lanzarote en 1966. C’est alors le début de l’essor touristique dans les Canaries. L’artiste met sa créativité au service de la mise en valeur de la beauté naturelle de l’île, et développe sa philosophie de l’Art-Nature.

Ses interventions sont si nombreuses que César Manrique marque profondément la personnalité de Lanzarote, à laquelle il sera entièrement dévoué jusqu’à la fin de sa vie, qui intervient brutalement en 1992 suite à un accident de voiture.

Qui est César Manrique ?

César Manrique est un artiste pluridisciplinaire né à Lanzarote en 1919. Au cours de sa jeunesse, il prend part à la guerre civile espagnole. Une expérience atroce, dont il ne parle cependant jamais. Il commence ensuite ses études à l’université de La Laguna, sur Tenerife, la plus grande des îles des Canaries, pour devenir architecte.

Il les abandonne cependant au bout de deux ans afin d’étudier aux Beaux-arts de Madrid. Grâce à l’obtention d’une bourse, il peut en effet s’installer dans la capitale espagnole, et obtenir son diplôme de professeur d’art et de peinture en 1945. À cette époque, l’artiste expose déjà ses créations picturales en Espagne, mais aussi à l’étranger.

Il gagne ensuite New York en 1964. La Grosse Pomme est alors le cœur battant du pop art, de l’art cinétique, de l’expressionnisme abstrait américain et de la nouvelle sculpture. Deux ans plus tard, César Manrique cède à l’appel de la nature et de sa terre d’origine : en 1966, il revient s’installer définitivement à Lanzarote, au cœur de ses paysages volcaniques.

Tous ses projets artistiques visent alors l’embellissement et le respect du paysage naturel de l’île. Innovant, engagé, passionné, César Manrique a joué un rôle fondamental dans le développement de Lanzarote.

Les plus belles œuvres architecturales de César Manrique

L’énergie créative de César Manrique a donné naissance à des œuvres architecturales hors du commun, dont l’une des plus belles est sans aucun doute sa propre maison Taro de Tahiche, sur l’île de Lanzarote. L’artiste passe vingt ans dans un décor volcanique préservé, mais aménagé dans un esprit résolument design.

La lave qui constitue les murs reste visible, harmonisée par un enduit à la chaux qui épouse la forme des pierres et crée un contraste de couleurs. Le mobilier est parfois directement sculpté dans la roche, et les pièces sont reliées par des tunnels de lave.

À Lanzarote toujours, le centre d’art Jameos del Agua est le premier CACT (centre d’art, de culture et de tourisme) créé par César Manrique. Il se distingue par sa symbiose parfaite entre la grotte et les aménagements de l’artiste.

Célèbre pour sa piscine, le lieu est surtout exceptionnel pour l’auditorium qu’il abrite au cœur même du basalte, faisant profiter plus de 500 spectateurs d’un son naturel unique. La position des sièges respecte la pente naturelle du sol. Le lieu accueille toujours des concerts.

Pourquoi visiter la maison d’artiste de César Manrique à Lanzarote ?

Au nord de Lanzarote, dans le village de Haria, se trouve la maison que l’artiste habita durant vingt ans, de 1968 à 1988. Aujourd’hui fondation César Manrique, elle se visite tout au long de l’année, et compte parmi les étapes incontournables de la découverte de Lanzarote.

Si cette visite est indispensable, c’est qu’elle concentre tous les aspects de l’œuvre créatrice de César Manrique. L’architecture y épouse la nature, dans la plus pure expression de l’Art-Nature tant recherché par l’artiste. Immense, la propriété tire son originalité de son lieu d’édification. L’artiste espagnol l’a en effet bâtie au milieu de coulées de lave qu’il n’a pas cherché à cacher, bien au contraire.

Le basalte et ses formes caractéristiques est ainsi omniprésent. La beauté brute du volcan dialogue sans cesse avec la fonctionnalité du design. Les espaces sont ainsi généreux, lumineux, confortables, sans jamais oublier la présence de la lave. L’implantation au cœur d’une palmeraie fait la part belle à la végétation, également très représentée à l’intérieur.

Devenu maison-musée, le lieu permet de plonger dans les considérations artistiques de César Manrique. Si la maison elle-même est une démonstration magnifique de ses conceptions artistiques, son atelier offre aussi une approche intime de l’Espagnol.

Quelle était la philosophie de Manrique ?

À travers ses créations artistiques et ses aménagements qui émaillent Lanzarote, César Enrique a toujours tenu à éviter les dégradations paysagères et environnementales liées au développement du tourisme de masse.

Il obtient ainsi que les nouvelles constructions respectent le modèle des maisons traditionnelles de Lanzarote aux lignes très simples : basses, rectangulaires, avec des volets et des portes verts. L’artiste martèle qu’il n’y a pas d’esthétique sans éthique, et cherche dans toutes ses créations à unir le design à la nature.

Il prend ainsi le contre-pied total des immeubles sortis de terre de Puerto del Carmen. Pour l’architecte, l’art doit faire corps avec le vivant, le sublimer. Toutes ses créations sont ainsi en quête d’harmonie, de symbiose, et de la liberté de pouvoir créer sans la pression de la rentabilité.

Comment est mort César Manrique ?

César Manrique est fauché par une voiture qui roule à vive allure, alors qu’il sort de chez lui, un jour de septembre 1992. Il a alors 73 ans, et est toujours actif, tant d’un point de vue artistique qu’en ce qui concerne la préservation de Lanzarote, ce qui va souvent de pair avec cet artiste.

Si sa mort est officiellement considérée comme accidentelle, elle n’en laisse pas moins un goût de doute et de méfiance chez de nombreux habitants de Lanzarote, tant César Manrique luttait contre les installations du tourisme de masse sur son île natale.

C’est un combat que continue de mener la fondation César Manrique, indépendante de toute subvention publique ou privée, qui a conservé toute son influence après le décès de l’artiste.