Des jeunes ayant consommé de l’alcool et des drogues de manière excessive.Des jeunes ayant consommé de l’alcool et des drogues de manière excessive.Le binge drinking (qui consiste à boire une grande quantité d’alcool en un temps très court) qui altère rapidement la mémoire et le jugement, avec des effets potentiellement durables sur le cerveau. © Freepik

À 20 ans, on a souvent l’impression que tout passe. Les soirées s’enchaînent, les excès aussi, et le corps semble suivre sans broncher. Pourtant, le cerveau est encore en plein développement aux moments de ces expérimentations. 

Car, oui, le cerveau ne termine pas sa maturation à 20 ans mais plutôt à 25 ans, notamment dans les zones liées à la mémoire, aux émotions et à la prise de décision. Une période que les chercheurs qualifient de fenêtre de vulnérabilité cérébrale, où le cerveau est à la fois très adaptable… et plus sensible.

Alcool, drogue, cigarettes : les excès se paient ! Des effets invisibles… mais durables

À court terme, les effets des substances psychoactives peuvent sembler limités, voire inexistants. Pas de signal d’alerte immédiat, pas de conséquence flagrante. Pourtant, le cerveau, lui, enregistre et tous ces excès se paient un jour.

Selon les auteurs de l’étude, « les troubles de la mémoire sont un signe fréquent de démence précoce. Nous avons examiné si la consommation de substances chez les jeunes adultes était associée à des troubles de la mémoire des décennies plus tard, à l’âge mûr », a ainsi commenté Megan Patrick, principale auteure de l’étude, dans un communiqué.

Concrètement, il ne s’agit pas forcément d’oublis spectaculaires, mais plutôt de difficultés progressives :

se souvenir d’informations récentes retrouver des mots maintenir une attention soutenue

Des troubles souvent discrets au départ, mais qui peuvent s’installer durablement.

Alcool, cannabis, tabac : des mécanismes différents

Toutes les substances n’agissent pas sur le cerveau de la même manière. L’étude met en évidence des trajectoires distinctes selon les produits consommés.

L’alcool et le cannabis semblent intervenir de façon indirecte. Leur consommation à un jeune âge est associée à un risque plus élevé de dépendance à l’âge adulte, une dépendance elle-même liée à des performances cognitives plus faibles par la suite. Le tabac, en revanche, apparaît plus directement impliqué. Les chercheurs observent un lien entre le tabagisme précoce et des troubles de la mémoire plusieurs années plus tard, indépendamment d’autres facteurs. Cela pourrait s’expliquer notamment par les effets du tabac sur la vascularisation du cerveau et son oxygénation.

Ces résultats font écho aux données de Santé publique France, qui rappelle que le tabac demeure un facteur majeur de maladies chroniques, y compris celles touchant le cerveau.

Une consommation encore très répandue chez les jeunes

Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT, 2023) :

près de 9 jeunes de 18 à 25 ans sur 10 ont déjà consommé de l’alcool environ 44 % déclarent avoir expérimenté le cannabis le tabagisme quotidien concerne encore une part significative de cette tranche d’âge

Ces usages s’inscrivent souvent dans des contextes sociaux (soirées, études, entrée dans la vie active) où la prise de risque est parfois banalisée.

Or, c’est précisément cette banalisation que viennent interroger les travaux scientifiques récents.

Le cerveau, une mémoire des excès

Certaines substances peuvent provoquer des modifications durables des circuits neuronaux. On parle de plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à se transformer. Si cette plasticité est essentielle à l’apprentissage, elle peut aussi jouer en défaveur de l’individu lorsque les modifications sont induites par des substances toxiques.

Des recherches en neurosciences évoquent également des phénomènes de stress oxydatif, c’est-à-dire une accumulation de dommages au niveau des cellules cérébrales. Ces mécanismes sont aussi impliqués dans certaines maladies neurodégénératives.

Le problème, c’est que ces altérations restent longtemps silencieuses. Elles ne deviennent visibles que lorsque les capacités de compensation du cerveau diminuent, généralement avec l’âge.

Excès de jeunesse : un enjeu de santé publique encore sous-estimé

Le défi est de taille. Entre la cause et ses effets, plusieurs décennies peuvent s’écouler, rendant le risque difficile à percevoir. À 20 ans, imaginer un impact sur sa mémoire à 50 reste abstrait.

C’est pourtant ce décalage qui complique la prévention : sans effet immédiat, les comportements à risque sont souvent banalisés. Or, les experts insistent sur l’importance d’agir tôt, à une période où le cerveau est encore particulièrement vulnérable.

Comme le souligne l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, les politiques de prévention intègrent de plus en plus ces effets à long terme. Reste à rendre ce risque invisible… plus concret.

À SAVOIR 

La mémoire n’est pas la seule fonction concernée. Selon Observatoire français des drogues et des tendances addictives, les consommations régulières de cannabis chez les jeunes peuvent également entraîner des troubles de l’attention, de la concentration et des capacités d’apprentissage, parfois persistants.

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