Dans le calme d’un dernier étage haussmannien à Marseille, le temps semble ralentir. La lumière y glisse doucement, révélant les textures et les volumes comme sur une scène silencieuse. Ici, Capucine Guhur et Maeva Henninot, fondatrices du studio Antes, posent les fondations de leur écriture : un dialogue entre ombre et clarté, entre structure et émotion. « Nos chemins se sont croisés dans des moments improbables, et ce hasard nous a menées à une évidence : il fallait lancer ce studio ensemble », nous dévoilent-elles.
Formées à Camondo, puis passées par les agences de Marion Mailaender, Luis Laplace ou Charles Zana, Capucine et Maeva partagent une approche intuitive. Leur nom, Antes, fait référence aux piliers qui ouvrent l’espace dans l’architecture romaine : un équilibre entre structure et beauté, soutien et ornement. Leur travail se lit dans le détail, dans la justesse des lignes, dans la manière dont la matière capte la lumière. Cette première réalisation marseillaise fait office de manifeste. Passé le sas d’entrée, un bureau en frêne dessiné par le studio est encadré de deux vitraux — l’un d’époque, l’autre créé pour le lieu. La lumière y est douce, presque rasante, et installe la quiétude. Ce bureau sert également de point central pour les expositions de la maison, où Antes compose espace et objet, lumière et texture.
Bureau en frêne sur mesure et chaise chinée en métal. Deux bougeoirs en verre et métal dessinés par Capucine Guhur.
Bas-relief chiné en brocante en Ardèche et œuvre Une nymphe réalisée par Antes.
À gauche, le salon s’ouvre comme un vaste plateau. Posé sur une estrade en béton ciré, il s’avance vers le ciel et le Vieux-Port qui se dévoile à mesure que l’on approche des fenêtres. Les volumes sont amples, les lignes franches. Banquette d’angle, bibliothèque, cheminée, table de salle à manger : tout ici a été dessiné par le studio. Le décor, minimal, met en valeur les objets, dont une table basse de Willy Rizzo, brute, en métal patiné, et les jeux d’ombre qui sculptent l’espace. « C’est comme amener le clair-obscur dans les matières. On aime travailler avec des artisans qui les subliment tel un petit diamant, créant des textures, des reflets », révèle Capucine. La cheminée, monumentale et sculpturale, dialogue avec la table et la bibliothèque, toutes deux à la fois fonctionnelles et artistiques. Le salon vit au rythme du soleil, changeant d’humeur selon les heures, et respire une mesure presque monacale, où chaque détail compte.
Dans la cuisine, table laquée réalisée sur mesure. Suspension en verre de Mazzega vintage trouvée chez Retros Gallery. Meubles de cuisine sur mesure avec un habillage conçu par la ferronnière Léa Colsy.
La cuisine, orientée vers la colline du Puget, déploie une autre énergie. Les façades en métal texturé, réalisées par la ferronnière Léa Colsy, contrastent avec la douceur d’une table laquée. La pièce devient une scène où l’artisanat dialogue avec le design. Une porte coulissante de l’artiste Gaultier Rimbault-Joffard dissimule la partie privée : chambre, dressing, salle de bains. « On voit le geste artisanal dans sa forme la plus pure. Parfois, l’ébauche devient le projet », explique Maeva. La chambre prolonge cette atmosphère feutrée. Le velours d’un baldaquin minimaliste répond aux moulures du plafond, tandis qu’une lumière plus théâtrale glisse depuis la colline, soulignant les volumes et les angles. La salle de bains, en marbre, prolonge cette quiétude par le reflet de la pierre et la douceur de l’eau.
Sur une console chinée, deux coupes en céramique de l’artiste Maz. Sculptural Chair de Memòri Studio. Porte réalisée et peinte sur mesure par Gaultier Rimbault-Joffard.
Sur la table basse de Willy Rizzo, coquetiers en aluminium de Rooms Studio.
Chaque geste, chaque matériau, chaque texture raconte la manière dont le duo sculpte l’espace et les volumes avec subtilité. À droite, un couloir en béton ciré s’étire comme un passage secret. Les portes se fondent dans la matière, dissimulant tantôt une chambre, tantôt une salle d’eau, créant un jeu de pièces secrètes qui prolonge l’idée de clair-obscur et de surprise. Au bout du couloir, la terrasse s’ouvre sur 100 m² suspendus au-dessus de Marseille, rare oasis au cœur de la ville. La balustrade, rythmée de pilastres et de meurtrières, encadre subtilement le paysage et plus particulièrement la colline du Puget. Le bassin, élément central de la terrasse, trône en majesté. Il capte la lumière et reflète le ciel, transformant chaque angle en cadre vivant. « Ce qui est beau, c’est que lorsqu’on est assis sur la terrasse, ces vides créent des cadres sur la nature », complète Capucine. Ici, l’espace devient presque théâtral, oscillant entre verticalité des murs, horizontalité du bassin et profondeur du panorama.
Cheminée et banquette dessinées par le studio Antes.
Table basse chinée de Willy Rizzo. Fauteuil en bois et cuir de Memòri Studio. Suspension, Eichholtz.
Dans la bibliothèque réalisée sur mesure, coupelle en céramique signée Thalia Dalecky et coupes à champagne chinées en argent.
Cette réalisation condense la signature d’Antes : des espaces sobres, dessinés avec précision, où la beauté vient de la justesse du détail. Un appartement pensé comme un équilibre vivant entre architecture et émotion, lumière et matière. Une première page de l’histoire d’Antes. Depuis la boutique Sessùn récemment ouverte à Marseille jusqu’à un restaurant parisien prévu au printemps prochain, Capucine et Maeva poursuivent leur exploration des volumes, des objets et des matières. « Chaque réalisation est un nouveau terrain de jeu, où l’espace et la lumière se répondent », concluent-elles.