La législation indienne sur les brevets, moins stricte qu’en Europe, fixe la propriété intellectuelle à vingt ans dans le secteur pharmaceutique. Surtout, la jurisprudence locale a débouté à plusieurs reprises des laboratoires étrangers qui tentaient de prolonger leurs brevets en modifiant la formule de leurs médicaments sans y apporter d’innovations majeures.
450 millions d’obèses ou en surpoids en 2050
Le dynamisme de l’économie indienne depuis la libéralisation de 1991 a provoqué un bouleversement des modes de vie avec l’explosion de la nourriture industrielle conjuguée à une sédentarisation croissante des classes moyennes. Résultat : 24 % des femmes et 23 % des hommes sont en surpoids ou obèses selon les statistiques officielles. Et le pire est à venir. Une étude de la revue scientifique The Lancet parue en août 2025 estime que l’Inde comptera 450 millions d’obèses et de personnes en surpoids chez les plus de 25 ans d’ici 2050.
La jurisprudence indienne a débouté à plusieurs reprises des laboratoires étrangers qui tentaient de prolonger leurs brevets en modifiant la formule de leurs médicaments sans y apporter d’innovations majeures.
Les versions génériques de l’Ozempic et du Wegovy disponibles en Inde pourraient débarquer sur le vieux continent par la petite porte. Le géant d’Asie du Sud est le premier producteur mondial de génériques et l’Union européenne est l’un de ses principaux débouchés. « Le brevet sur le semaglutide n’expirera pas là-bas avant le début des années 2030. Les groupes pharmaceutiques indiens ne peuvent donc pas y exporter leurs médicaments légalement. Le seul moyen de s’en procurer serait au marché noir », explique Namit Joshi, le président de Pharmexcil, le lobby des exportateurs pharmaceutiques indiens qui insiste sur les risques pour le patient européen : « Le produit serait conforme à la pharmacopée indienne mais pas à la pharmacopée de l’UE ce qui implique des normes différentes ».
Ces dernières années, l’industrie indienne a été éclaboussée par des scandales qui ont mis en lumière des manquements à l’hygiène sur certains sites de production. En 2022, l’OMS avait publié une alerte mondiale sur quatre sirops contre la toux produits en Inde après la mort de 66 enfants en Gambie. Ils contenaient des traces de produits chimiques utilisés dans la fabrication d’antigels. Puis en 2023, des gouttes oculaires fabriqués par deux groupes indiens avaient fait quatre morts et rendu aveugles une vingtaine de patients aux États-Unis. Dès lors, avant d’être autorisées à exporter leurs médicaments en Europe, les usines indiennes sont parfois inspectées par les autorités sanitaires des pays membres.
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Monisha Ashokan le constate dans sa clientèle. Cette diététicienne d’une trentaine d’années, qui a son cabinet dans la banlieue de New Delhi, a vu plusieurs de ses patientes obtenir de l’Ozempic alors qu’elles n’en avaient pas besoin, selon elle. « Une de mes clientes avait réussi à maigrir après avoir changé ses habitudes alimentaires. Puis elle a eu des problèmes familiaux et a dû tout arrêter. Quand elle a commencé à reprendre du poids, elle est allée voir son médecin de famille qui lui a fait une ordonnance d’Ozempic même s’il lui suffisait de reprendre son régime. Une autre de mes clientes en surpoids, atteinte de schizophrénie, en a obtenu par son psychiatre. » Ces derniers mois, les autorités ont perquisitionné des centres d’amincissement qui en prescrivaient dans la capitale selon la presse indienne.
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« Un produit comme l’Ozempic est de facto en vente libre dans certaines régions. Le client d’une pharmacie peut en envoyer discrètement par la poste à l’étranger.
Dans ce contexte, Namit Joshi anticipe un essor des ventes par Internet vers l’Europe : « Un produit comme l’Ozempic est de facto en vente libre dans certaines régions. Le client d’une pharmacie peut en envoyer discrètement par la poste à l’étranger. Même les grossistes peuvent en acheter auprès des grands laboratoires indiens pour les exporter sans informer les laboratoires ni la douane. »
La DCGI, l’agence fédérale de sécurité sanitaire, a envoyé une directive mi-mars à tous les États du pays en leur demandant de vérifier que seules les ordonnances rédigées par les endocrinologues soient acceptées en pharmacie. Elle s’inquiète des effets secondaires qu’un usage détourné de ces médicaments pourrait provoquer : fonte de la masse musculaire, nausée, vomissement ou encore reprise brutale de poids après la fin du traitement…