Petite anecdote révélatrice : le principal suspect habitait à deux pas du commissariat de police de La Louvière et stockait chez lui du matériel volé. Ce trafic lui aurait permis de blanchir plus de 500.000 euros.
Douze prévenus, cinq détenus
Lundi matin, le tribunal correctionnel a examiné un dossier volumineux de dix cartons impliquant douze prévenus roumains, poursuivis pour vols avec effraction, vols simples et tentatives en association. Selon le parquet, un habitant de La Louvière serait à la tête de cette organisation. Déjà condamné dans plusieurs pays européens pour des faits similaires, il menait une vie de famille tout en orchestrant ses activités illégales à proximité immédiate des forces de l’ordre.
Les faits remontent notamment à la nuit du 27 au 28 octobre 2024, lorsqu’un vol de câbles est commis au préjudice d’Infrabel près de la gare de Mons. Une voiture abandonnée, remplie de câbles et d’outils, est retrouvée par la police. L’analyse des caméras permet d’identifier un second véhicule, régulièrement aperçu entre Mons et La Louvière, y compris stationné près du commissariat.
Partout en Belgique
Malgré l’ouverture de l’enquête, le groupe récidive le 16 janvier 2025, au même endroit. Un suspect est alors formellement identifié. Lors de la perquisition à son domicile, les enquêteurs découvrent du matériel volé provenant non seulement de Mons, mais aussi de Halle et de Huy. Le véhicule suspect a également été repéré à Charleroi et à Waregem, signe d’une activité étendue, touchant différents territoires et potentiellement de nombreuses victimes, publiques comme privées.
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L’enquête met en lumière un système bien rodé : certains membres du groupe dérobaient les câbles, tandis que d’autres se chargeaient de leur revente. Les flux financiers révèlent des montants importants : plus de 500.000 euros ont transité sur des comptes bancaires, sans activité légale déclarée, ce que le parquet qualifie de blanchiment.
Lundi, le ministère public a requis huit ans de prison contre le principal prévenu, qui ne conteste plus les faits, sauf son rôle de chef. Des peines allant d’un an à 28 mois ont été demandées contre les autres membres du groupe.
Lourd préjudice pour Infrabel
Dans ce dossier, Infrabel s’est constitué partie civile et réclame un dédommagement provisoire de 25.000 euros, dans l’attente d’une évaluation complète. Les vols commis à Mons auraient rapporté 54.000 euros au principal suspect. Mais au-delà de la valeur du cuivre, les conséquences sont bien plus lourdes : désorganisation des services, mobilisation urgente du personnel, perturbations du trafic et coûts indirects considérables.
Et c’est là tout l’enjeu : ces vols ne pénalisent pas uniquement une entreprise publique comme Infrabel. Ils affectent également de nombreuses sociétés privées actives légalement, qu’il s’agisse d’entreprises industrielles, de télécommunications ou de logistique. Toutes subissent les mêmes préjudices : pertes financières, interruptions d’activité et insécurité accrue.
Ce type de criminalité dépasse donc largement le simple fait divers : il s’agit d’un phénomène structuré qui fragilise l’ensemble du tissu économique, public comme privé.