Un maire breton annonce sa démission après seulement 12 jours : « La prochaine fois, qu’est-ce qu’il va se passer ? »Hallucination auditive
Sur les réseaux sociaux, des comptes influents, dont ceux de commentateurs d’extrême droite Jean Messiha et Gilbert Collard, entendent autre chose : « Saint-Denis, ville des noirs ». Les accusations de communautarisme fusent. La fausse phrase est reprise par des journalistes sur différents médias, sans être vérifiée. Le mardi, la présentatrice vedette de la matinale sur BFM et RMC, Apolline de Malherbe, ressort la fake news, avant de s’excuser. Cette première séquence fait l’objet de vives critiques de LFI, de la gauche et de plusieurs associations.
Toujours sous le feu des projecteurs, Bally Bagayoko est ensuite attaqué parce qu’il a déclaré qu’il était prêt à se séparer d’agents municipaux refusant sa politique. Il souhaite notamment désarmer partiellement la police municipale pour revenir à une police de proximité, expliquant que les communes n’ont pas à effectuer le travail de la gendarmerie nationale. Bally Bagayoko se prend alors une volée de bois vert, notamment de la part du gouvernement. Des cadres de gauche relèvent toutefois que l’exécutif est bien moins prompt à réagir quand ce type de propos – l’avertissement à l’égard du personnel municipal – est tenu par l’extrême droite.
Le traitement médiatique réservé à Bally Bagayoko est de plus en plus violent, sur CNews en particulier, où s’enchaînent les chroniqueurs d’extrême droite. Le maire y fait même l’objet, vendredi et samedi derniers, de comparaisons jugées racistes par les partis de gauche et des associations. Le maire dépose plainte. Des parlementaires et des organismes comme SOS Racisme saisissent l’Arcom, le gendarme de l’audiovisuel. Et cette fois, des membres du gouvernement réagissent. « Ce sont des attaques ignobles », estime le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez.
« Vont-ils aussi refuser les fonds européens ? »: en France, des maires d’extrême droite nouvellement élus retirent les drapeaux européens« Racisme endémique »
Professeur en sciences politiques à l’université Côte d’Azur et à l’École polytechnique, Vincent Martigny voit dans cette séquence « une manifestation d’un racisme endémique dans une partie de la population pour qui il y a quelque chose d’anormal dans le fait d’avoir un maire noir ». « Avant, vous aviez parfois des dérapages racistes, venant généralement de l’extrême droite, dans une moindre mesure de la droite. Puis, souvenez-vous des attaques visant Pap Ndiaye quand il est devenu ministre de l’Éducation nationale en 2022. Et là, avec cette nouvelle séquence, la boîte de Pandore des propos racistes s’est complètement ouverte. On ne peut même plus parler de dérapages. Avec Bally Bagayoko, vous avez donc un élu noir, d’origine africaine, et qui en plus appartient à un parti politique, LFI, devenu l’épouvantail de la droite et de l’extrême droite. C’est le combo… »
Ce qui était peu dicible avant l’est bien plus aujourd’hui. Et dans ce changement, Vincent Martigny pointe notamment du doigt la responsabilité de certains médias, de l’audiovisuel et de la galaxie Bolloré en particulier « dont le but est de libérer une forme de parole violente », « de monter des sujets en épingle et de les marteler », ainsi que la responsabilité « d’agitateurs d’extrême droite », qu’ils soient présents dans les médias ou sur les réseaux sociaux, « qui font monter des polémiques pour ouvrir la fenêtre d’Overton ».
Municipales 2026: à gauche comme à droite, des partis affaiblis face aux forces radicalesLe racisme, « pas une opinion »
Le politologue, directeur de l’ouvrage collectif Les temps nouveaux (Seuil, 2025), déplore aussi « la fragilité des institutions, leur côté timoré ». « Elles devraient pourtant être là pour rappeler que nous vivons dans une république et que sa devise doit être respectée. Je suis aussi surpris de voir à quel point le gouvernement, dans une ambiance de fin de règne depuis 2024, est complètement aux abonnés absents sur ces sujets. Ils tapent finalement plus sur LFI que sur le RN et ils craignent tellement la surenchère avec l’extrême droite qu’ils finissent par ignorer des choses inacceptables ».
Accusé par la gauche d’être trop mou dans sa réaction, le gouvernement finit d’ailleurs par réagir ce mardi soir à l’Assemblée nationale. « Le maire de Saint-Denis est un agent de l’État, il mérite une protection particulière », souligne le Premier ministre Sébastien Lecornu. « Et dès lors qu’il aura porté plainte, je demanderai au préfet de Seine-Saint-Denis de se constituer partie civile à ses côtés. Car une fois de plus, le racisme n’est pas une opinion. »