En 2023, son premier album Per Ongeluk se hisse au sommet de l’Ultratop en Flandre. Deux ans plus tard, elle explose tous les compteurs. Avant la sortie de Gedoe, la jeune femme aligne neuf concerts complets à l’Ancienne Belgique, battant le record jusqu’ici détenu par dEUS.

L’été dernier, ses prestations à Rock Werchter et au Pukkelpop, où de nombreux francophones la découvrent, font l’unanimité. Récompensée par 17 Mia’s – l’équivalent flamand des Victoires de la Musique -, Pommelien Thijs s’ouvre également les portes du marché international grâce à Knokke Off, dont la première saison a intégré le top 10 des streams dans 54 pays.

Le style Pommelien ? Un mélange instinctif de pop, de rock et folk façon Taylor Swift. « Ik ben klaar » (« Je suis prête »), « Tegenwoordige Tijd » (« Au Présent »), « Wie we morgen zijn » (« Qui nous serons demain »), « Authentiek » (« Authentique »)… Ecrits exclusivement en néerlandais, ses textes touchent au coeur des préoccupations de sa génération : passage à l’âge adulte, quête d’autonomie, amours toxiques, frustrations de subir les choix sociétaux imposés par des politiciens « d’une autre époque ». À la veille de ses cinq concerts complets au Sportpaleis d’Anvers et de sa première apparition dans un festival wallon (le 8 août au Ronquières Festival), Pommelien Thijs accorde sa première grande interview francophone.

La saison 3 de « Knokke Off », votre 25e anniversaire et un nouveau show présenté à cinq reprises au Sportpaleis d’Anvers. Est-ce le plus beau mois d’avril de votre existence ?

Tout n’arrive pas en même temps. Je suis très impatiente de voir la réaction sur la saison 3 de Knokke Off mais, comme comédienne, l’expérience la plus forte est déjà derrière moi. Elle a eu lieu l’été dernier, lorsque nous avons tourné la série. Aujourd’hui, je me concentre sur les concerts au Sportpaleis.

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Louise, votre personnage dans « Knokke Off », souffre de bipolarité. Selon vous, le succès de la série peut-il aider à alerter sur cette maladie ?

Une fiction peut libérer la parole, mais, dans le cas du trouble bipolaire, il est essentiel que ce débat soit porté par des personnes confrontées pour de vrai à cette réalité. La force du personnage de Louise vient du fait qu’une des deux scénaristes de Knokke Off est elle-même atteinte d’un trouble bipolaire. L’histoire de Louise s’appuie sur une expérience vécue, même si ça reste une série et que le trouble bipolaire peut prendre différentes formes. Mon travail de comédienne consiste à être bienveillante avec mon personnage et à éviter de tomber dans la caricature. L’un des plus beaux messages que j’ai reçus venait d’une jeune fille dont la maman souffre d’un trouble bipolaire. « Nous avons regardé la série ensemble. On en a parlé, ça nous a fait du bien. On peut aimer Louise même si on voit qu’elle n’est pas parfaite et qu’elle passe par des crises. »

Les jeunes fans néerlandophones interrogés nous disent tous : « On aime Pommelien parce qu’on se reconnaît dans ses chansons. » Vous sentez‑vous la porte‑parole de votre génération ?

La génération dont je fais partie est particulièrement polarisée. Une seule voix ne pourra jamais incarner toutes les préoccupations d’une génération. Peut-être qu’une partie se reconnaît dans ce que je chante, et une autre pas du tout. Mais ça me flatte, car c’est ce que je cherche moi-même chez les artistes que j’écoute. La musique peut faire ressentir une émotion qu’on n’arrive pas à exprimer dans le quotidien. Avec une chanson, tu peux dire : « viens avec moi, on va rester ensemble trois minutes dans la même émotion. C’est beau. »

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Titre phare de votre dernier album, « Tegenwoordige Tijd » (« Au présent ») résonne comme un hymne aux désillusions de la jeunesse. Comment est-il né ?

Cette chanson s’est quasi écrite toute seule comme si elle devait jaillir de moi. Nous sommes bombardés d’actualités. Ce n’est même plus un choix conscient de notre part : on se réveille, on allume son smartphone et ça arrive de partout. C’est anxiogène. Comment rester informée sans être submergée par toutes les horreurs du monde ? Comment être engagée (dans une cause) sans se dire : « c’est too much, je ne sais pas par où commencer. » Dans cette chanson cathartique, beaucoup de choses qui m’empêchent de dormir sont remontées à la surface : l’urgence climatique, les choix politiques, les droits des femmes qui reculent… Je pourrais vous faire une liste, mais ce serait une liste infernale.

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Le 8 août, à Ronquières, vous vous produirez pour la première fois dans un grand festival wallon. Un concert comme les autres ?

En Flandre ou aux Pays-Bas, les gens chantent les paroles avec moi et réagissent souvent aux mêmes moments du concert : ils veulent danser, crier, sauter. En Wallonie, le lien avec la langue sera forcément différent. Mais je ne peux pas présenter un autre concert, car je n’ai que des chansons en néerlandais… Je ne vais pas traduire les paroles mais je dirai quelques phrases en français entre les titres. Je suis actuellement des cours. Cela dit, en festival, il y a un « mood » universel. Les gens viennent pour la musique, le fun, l’énergie du moment. Personne n’y va pour critiquer. Le public veut passer un bon moment. Et je ferai de mon mieux pour lui offrir ça. Et peut‑être qu’ils apprendront un peu de néerlandais au passage (rires).

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Avez-vous des fans francophones ?

Oui. Et je suis toujours très impressionnée quand ils se mettent à chanter avec moi en néerlandais.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, on vous surnomme « l’Angèle flamande ». Vous le prenez bien ?

Nous sommes toutes les deux blondes, chanteuses pop et bisexuelles. C’est sans doute comme ça que le lien se fait. Il y a aussi peut-être ce côté « phénomène pop » que nous partageons. La comparaison me touche. Angèle est géniale. C’est un très bon exemple d’artiste qui peut m’emmener ailleurs grâce à son univers musical.

Rosalia, Dua Lipa, Théodora, Angèle, vous… Les projets pop les plus pertinents du moment sont tous féminins. Une explication ?

Les artistes que vous citez font exactement la musique qu’elles ont envie de faire. Et je crois que le public a un excellent radar pour faire la différence entre ce qui est « fake » et ce qui est « authentique ». Ce qui est encore plus intéressant, c’est que cela ne concerne pas que de jeunes chanteuses. Beaucoup d’artistes féminines signent d’excellents albums à leur septième ou huitième disque. Regardez Sabrina Carpenter… C’est inspirant de voir ces femmes qui ont la possibilité de développer leur art, tout en se réinventant au fil des années.

« Gedoe » s’inspire d' » En attendant Godot » de Samuel Beckett, classique du Théâtre de l’absurde. Dans le même esprit, comment expliquez-vous que toutes les stations de la VRT diffusent votre musique alors qu’à l’autre bout du couloir, à la RTBF, on vous ignore ?

En Flandre, il y a une même réflexion par rapport aux Pays-Bas. Les artistes néerlandais sont bien diffusés chez nous, tandis que l’inverse est un peu moins fréquent, surtout quand on ne chante pas en anglais. Je n’ai aucune explication. Mais, heureusement, la manière de consommer la musique a évolué. Les artistes et le public de ma génération passent aujourd’hui par de nouveaux canaux, comme les réseaux sociaux, ce qui permet de faire découvrir la musique à un public plus large.

Est-ce que vous envisagez d’écrire en anglais ?

Il ne faut jamais dire jamais, mais j’ai envie de continuer à écrire en néerlandais : c’est ma langue, mon terrain de jeu. Changer de langue, c’est tout réapprendre : les nuances, les expressions intraduisibles, les petits décalages que j’adore mettre dans mes textes. Cela modifierait complètement ma manière d’écrire.

Knokke Off Saison 3, Netflix. Dès le 3/4.

Les 23/4, 24/4, 25/4, 30/4 et 1/5, Sportpaleis AFAS Dome, Anvers (Complet).

Le 8/8, Ronquières Festival, Ronquières

POP Gedoe Sony Belgium

Pommelien Thijs Gedoe pochettePommelien Thijs Gedoe pochettePommelien Thijs Gedoe pochette ©Pommelien Thijs Gedoe pochette