Depuis le 30 décembre dernier, la flambée de cas de Mpox à Madagascar inquiète l’Organisation mondiale de la santé (OMS) La maladie, qui survient en pleine saison des cyclones, met sous pression l’écosystème sanitaire national.

Selon les données officielles du ministère de la Santé publique de Madagascar, le pays comptabilisait, au 28 mars dernier, 321 cas suspects de Mpox et 731 cas confirmés biologiquement en laboratoire. Plusieurs régions sont particulièrement concernées : Boeny, et plus précisément la ville de Mahajanga, apparaît comme l’un des foyers majeurs de l’épidémie. Analamanga, qui comprend la capitale Antananarivo, ainsi que Vakinankaratra, notamment autour d’Antsirabe, figurent également parmi les zones sous surveillance.

Logique de coopération

Face à cette circulation jugée « active » du virus, la France apporte son appui à la Grande Île pour une réponse sanitaire efficace. Le 30 mars, l’Institut Pasteur de Paris a annoncé l’envoi à Antananarivo du coordinateur de sa taskforce d’intervention d’urgence. Il travaillera aux côtés des autorités sanitaires malgaches pour mieux comprendre la progression de l’épidémie, affiner la surveillance et aider le pays à adapter sa riposte dans un contexte sanitaire jugé évolutif.

Cet engagement s’inscrit dans une logique de coopération scientifique et de santé publique. L’Institut Pasteur basé à Paris agit en lien étroit avec celui de Madagascar, le ministère malgache de la Santé publique, ainsi que les équipes déployées sur le terrain. La mission confiée au coordinateur consiste à conduire des investigations épidémiologiques pour produire des indicateurs précis sur la transmission du virus, afin de fournir aux autorités des outils d’aide à la décision.

« Le virus Mpox représente un risque réel pour la santé publique lorsqu’il circule activement dans plusieurs zones d’un même pays. Notre objectif est d’apporter notre expertise scientifique afin de mieux comprendre les chaînes de transmission, d’identifier les sources de contamination et de soutenir une réponse nationale rapide et adaptée », a déclaré Michael Casera, coordinateur de la taskforce d’intervention d’urgence de l’Institut Pasteur de Paris.

Diplomatie sanitaire

La période est d’autant plus délicate que la maladie se développe en pleine saison cyclonique. Les déplacements de populations, les hébergements d’urgence et les perturbations des infrastructures sanitaires peuvent modifier les conditions de circulation du virus et compliquer l’accès aux soins. Dans ce contexte, la coopération franco-malgache prend une dimension stratégique : il s’agit de comprendre comment les conditions sociales, climatiques et logistiques influencent la diffusion de l’agent pathogène. À travers cette mission, la France met en avant une diplomatie sanitaire fondée sur l’expertise scientifique.

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L’appui fourni par l’Institut Pasteur prend la forme d’un accompagnement technique au service d’une réponse pilotée par les autorités malgaches, articulant souveraineté nationale et solidarité internationale. Il survient dans un contexte humanitaire déjà tendu. L’UNICEF indiquait en février 2026 que les cyclones FYTIA et GEZANI avaient étiré les capacités de réponse. En clair, si les cas augmentent, le pays peut se retrouver avec davantage de tests, de centres de prise en charge, d’équipements de protection et d’équipes à financer, au détriment d’autres soins essentiels.

Économiquement, une épidémie de Mpox à Madagascar constituerait un coup dur pour les ménages déjà fragiles, surtout dans l’informel. Entre pertes de revenus liées à l’isolement, baisse de fréquentation des marchés ou de certains services, coût du transport et des soins, et ralentissement local de l’activité dans les zones touchées, l’impact pourrait être lourd dans un pays où le taux de pauvreté reste très élevé, proche de 80% selon la Banque africaine de développement (BAD).

Face à un virus qui circule activement, la rapidité et la précision de l’analyse scientifique deviennent un levier essentiel d’action publique. En envoyant un coordinateur de crise, la France cherche à contribuer à une réponse plus ciblée, plus réactive et mieux documentée. À Madagascar, où les vulnérabilités sanitaires peuvent être aggravées par les chocs climatiques et les difficultés d’accès aux soins, cette mobilisation envoie aussi un message politique : dans la lutte contre le Mpox, la Grande Île n’est pas seule.