Le mouvement de grève spontané se poursuit chez Bpost, « plus que probable » qu’il continue mercrediDes horaires bouleversés

Pour les travailleurs, ces changements suscitent de fortes inquiétudes. « Cela entraîne un bouleversement majeur dans la vie privée, souligne Stéphane Daussaint. On parle de journées qui peuvent se prolonger au-delà de 21h et d’une flexibilité accrue demandée par la direction. Le facteur ne saura plus à quelle heure il termine. Cela devient compliqué, notamment pour les familles. »

Les syndicats demandent dès lors « de revenir à des limites raisonnables, humainement acceptables, dans un contexte où la tension est à son paroxysme. Car, bien sûr, la direction ne propose aucune contrepartie, ni sur les conditions de travail, ni au niveau financier. »

bpost juge cette transformation nécessaire

Du côté de bpost, on insiste sur les mutations structurelles du secteur. « Il y a moins de lettres et plus de colis. On est dans un secteur ultra-concurrentiel », explique la porte-parole Laura Cerrada Crespo.

La grève chez Bpost se poursuit et s’étend avant une rencontre entre syndicats et direction : « Même la province de Luxembourg est concernée »

Elle rappelle que « le volume de courrier a diminué de 10 % en un an » et que la fin progressive de la distribution de la presse accentue cette tendance. « On est obligés de se transformer, de devenir un acteur de la logistique du colis. Si on ne le fait pas, on met l’entreprise en danger. »

Cette évolution impose une réorganisation des tournées. « Un colis, on ne sait pas le livrer à 7h30 du matin. L’idée, c’est de revoir les horaires et de les décaler jusqu’à deux heures », précise-t-elle.

La pression de l’e-commerce

Cette transformation s’inscrit aussi dans un contexte de forte concurrence. « Les acteurs de l’e-commerce veulent injecter des volumes de plus en plus tard, explique Laura Cerrada Crespo. Les colis arrivent donc plus tard dans les centres de tri et doivent être livrés plus tard aux clients. »

Mais pourquoi ces colis arrivent-ils plus tard ? « Vous avez déjà sûrement vu ces offres web qui promettent une livraison dans les 24h, en commandant avant une certaine heure. Les acteurs de l’e-commerce sont de plus en plus agressifs sur ces offres. Les gens commandent parfois très tard le soir pour une livraison le lendemain. Les colis arrivent donc plus tard dans les centres de tri, et sont donc livrés plus tard. Cela nous oblige à nous adapter », détaille-t-elle.

D’autres sources internes chez bpost indiquent que cette évolution est essentielle pour rester compétitif face à des géants comme Zalando ou Amazon, capables de traiter des volumes très importants et de proposer des délais de livraison toujours plus courts. « Si on ne transforme pas le métier de facteur, d’autres le feront à notre place. On perdra des parts de marché, et c’est un plan social qu’il faudra mettre en place », nous glisse-t-on.

La grève chez Bpost s’étend à la FlandreDialogue social sous tension

Malgré les tensions, la direction assure vouloir maintenir le dialogue. « On ne reste pas insensibles aux plaintes et aux peurs des collaborateurs. On essaie de trouver des solutions équilibrées », affirme Laura Cerrada Crespo.

Même message côté syndical : l’issue dépendra des discussions en cours. « Est-ce que le mouvement peut durer longtemps ? Tout dépendra de l’attitude de l’entreprise », conclut Stéphane Daussaint. Une chose est sûre : au-delà de la grève, c’est bien l’avenir du métier de facteur qui se joue.

Une réunion entre syndicats et direction se tient ce mercredi, mais rien n’indique qu’un accord puisse être trouvé.