Les animaux ont-ils le sens de la musique ? Derrière cette question se cache un ensemble d’autres interrogations : ont-ils le sens du rythme ? Ou de la mélodie ? Autant de questions dont on parle en détail dans ce podcast d’INFRA. © Futura
Au Royaume-Uni, plus d’une personne sur dix décède aujourd’hui avec une démence. Face à ce constat alarmant, les médicaments seuls semblent insuffisants pour enrayer le déclin neurologique. Une piste inattendue émerge pourtant depuis plusieurs années : l’art pourrait jouer un rôle thérapeutique significatif sur le cerveau. Ces découvertes, bien que progressives, méritent toute notre attention.
Ce que l’art fait réellement au cerveau
Benjamin Franklin ne se doutait probablement pas qu’il pratiquait une forme rudimentaire d’art-thérapie quand il jouait de son harmonica en verre pour guérir la mélancolie d’une princesse polonaise au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, la science donne raison à son intuition.
Daisy Fancourt, professeure de psychobiologie et d’épidémiologie à l’University College London, explique ce mécanisme. L’art agit sur la voie mésolimbique, le circuit neurochimique qui régule notre engagement au monde via la dopamine. À chaque écart entre ce que notre cerveau anticipe et ce qu’il perçoit, de la dopamine est libérée, favorisant la création de nouvelles connexions neuronales.

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Votre cerveau aime l’art : voici comment il en tire un véritable bénéfice psychique
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La musique exploite ce phénomène en continu : notre cerveau tente constamment de prédire la mélodie suivante. Quand les nénuphars de Monet surgissent d’une toile apparemment chaotique, le plaisir esthétique arrive sur une vague de dopamine. L’art libère ainsi cette molécule de façon mesurée et durable, d’une manière que les médicaments dopaminergiques ne peuvent pas reproduire.
Les effets sont visibles dans la structure même du cerveau :
Les artistes possèdent des cerveaux structurellement plus jeunes.Leur densité de matière grise (épaisseur des connexions neuronales) est supérieure.Les adultes actifs dans les arts sont biologiquement environ 9,5 mois plus jeunes que les autres.Une densité plus élevée de matière grise peut retarder les symptômes de démence de plusieurs années.
Ces mêmes mécanismes s’avèrent précieux dans le traitement de la maladie de Parkinson. Bas Bloem, professeur de neurologie à l’université Radboud aux Pays-Bas, mène actuellement une étude comparant trois groupes de patients : un groupe témoin, un groupe visitant le Rijksmuseum, et un groupe pratiquant l’art activement.

L’art, sous toutes ses formes et toutes ses pratiques, aurait un impact sur le cerveau et la survenue de la démence. © Syolacan, iStock
Une heure par semaine suffit à protéger votre cerveau
Une vaste étude publiée fin 2025 par l’université Monash a suivi plus de 10 000 adultes âgés. Les personnes écoutant régulièrement de la musique présentaient un risque réduit de 39 % de développer une démence. Fait surprenant : jouer d’un instrument offrait un bénéfice légèrement inférieur, avec 33 % de réduction du risque.
Une autre étude récente, utilisant les données du Wisconsin Longitudinal Study, a posé une question pragmatique : quelle dose d’art est suffisante ? La réponse est encourageante. Pratiquer une activité artistique – peinture, musique, peu importe – pendant une heure par semaine procure des bénéfices cognitifs comparables à ceux d’un exercice physique intense.

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Le Manchester Camerata, orchestre de chambre britannique, illustre concrètement ces bénéfices. Son directeur communautaire Giles Wilmore rapporte que la prescription sociale d’activités artistiques génère entre 2 et 9 livres de retour sur investissement pour chaque livre dépensée. Bob Riley, directeur général de l’orchestre, raconte comment une femme prostrée depuis trois semaines s’est mise à danser en quelques minutes lors d’un atelier musical improvisé.
Fancourt, dont le rapport commandé par l’Organisation mondiale de la santé a été téléchargé 250 000 fois, plaide pour une société qui intègre l’art dans la santé publique au même titre que le sport. Salles de concert et ateliers créatifs pourraient devenir des infrastructures de prévention aussi légitimes que les gymnases ou les piscines municipales.
L’art n’est pas un luxe culturel : c’est peut-être l’un des meilleurs remparts que nous ayons contre le vieillissement cérébral.

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