Siri, le symbole du décrochage

Apple commence pourtant avec une belle longueur d’avance. Retour en 2011. Siri, l’assistant personnel virtuel intelligent d’Apple, débarque sur l’iPhone 4S. Parler à une machine, en l’occurrence son smartphone, devient alors possible. De quoi donner le joli surnom de « tueur de Google », par certains analystes.

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Sauf que derrière l’effet « waouh », un choix stratégique va peser lourd pour Apple. Là où ses concurrents collectent des données pour entraîner leurs modèles (donc les améliorer et, surtout, personnaliser l’expérience pour l’utilisateur), Apple choisit la confidentialité. « Le respect de la vie privée est un droit fondamental et c’est l’une de nos valeurs clés », peut-on lire encore aujourd’hui sur leur site. Une promesse forte martelée depuis des années et donc difficile à renier.

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Je comprends que certains d’entre vous se sentent mal à l’aise quand des amis ou des collègues leur demandent ce qui s’est passé. »

Sauf qu’en voulant « rester intègre », la marque à la pomme accepte que son assistant virtuel évolue bien plus lentement que ses concurrents.

Apple Intelligence, l’aveu de faiblesse

Ce décrochage progressif de Siri devient évident fin 2022, avec l’arrivée de ChatGPT. Il sait écrire, expliquer, résumer, dialoguer. De l’autre côté, Siri peine encore à comprendre certaines demandes simples. Apple est clairement pris de court.

Mais la riposte arrive deux ans plus tard, lors du WWDC 2024 (Worldwide Developers Conference), le salon annuel de présentation des nouveautés de la marque. Ce jour-là, Tim Cook, le CEO d’Apple, présente « Apple Intelligence », un ensemble de fonctionnalités censées transformer Siri en super-assistant. Compréhension du contexte, interaction avec ce qui s’affiche à l’écran, réponses plus intelligentes. Cette nouveauté est intégrée aux produits Apple en octobre 2024 aux États-Unis et en avril 2025 pour les pays de l’UE.

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Sur le papier, tout y est mais, dans les faits, on est loin de la révolution. Même loin d’un produit fini tout court. Les critiques pleuvent et les médias spécialisés s’en donnent à cœur joie. Selon The Verge, par exemple, les nouvelles fonctions dopées à l’IA manquent encore de fiabilité. Certaines demandes échoueraient régulièrement, parfois « près d’une fois sur trois. » Un niveau jugé bien insuffisant par rapport à la promesse de base. Craig Federighi, vice-président en charge de l’ingénierie logicielle chez Apple, admet lui-même que le nouveau Siri ne fonctionne pas « de manière suffisamment fiable pour être un produit Apple. »

(FILES) Apple senior vice president of software engineering Craig Federighi speaks at the start of the Apple Worldwide Developers Conference (WWDC) on June 10, 2024 in Cupertino, California. Apple will announce plans to incorporate artificial intelligence (AI) into Apple software and hardware. Apple on June 21, 2024, said it would delay the rollout of its recently announced AI features in Europe because of "regulatory uncertainties" linked to the EU's new landmark legislation to curb the power of big tech. (Photo by JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)(FILES) Apple senior vice president of software engineering Craig Federighi speaks at the start of the Apple Worldwide Developers Conference (WWDC) on June 10, 2024 in Cupertino, California. Apple will announce plans to incorporate artificial intelligence (AI) into Apple software and hardware. Apple on June 21, 2024, said it would delay the rollout of its recently announced AI features in Europe because of Craig Federighi, vice-président en charge de l’ingénierie logicielle chez Apple, lors de la présentation de « Apple Intelligence » en 2024. ©2024 Getty Images

De quoi bien frustrer les cadres du département. Car, en interne, le constat est beaucoup plus brutal que ne le laissent penser la keynote d’Apple. Selon des informations de Bloomberg datant de mars 2025, issues notamment d’un enregistrement d’une réunion interne, Robby Walker, responsable de Siri, décrit la situation comme « maladroite. » Selon lui, Apple a présenté des fonctionnalités qui n’étaient pas prêtes. « C’est qu’on a montré ces fonctionnalités au public avant même qu’elles soient prêtes. D’habitude, on attend d’avoir un produit finalisé avant de le présenter mais, cette fois, on a voulu aller trop vite. »

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Dans cette même réunion, il lance à ses équipes : « Je comprends que certains d’entre vous se sentent mal à l’aise quand des amis ou des collègues leur demandent ce qui s’est passé. C’est normal. On aurait tous aimé que ça se passe autrement. » Un constat amer pour le responsable de Siri, qui l’amènera quelques mois plus tard, en septembre 2025, à démissionner comme d’autres cadres d’Apple au même moment. Ke Yang, par exemple, le directeur du projet Apple Intelligence, s’en ira quelques semaines après, pour louer ses services à… Meta.

Qu’attendre pour la suite ?

Depuis, la firme de Cupertino, la ville de Californie où sont installés les locaux, n’arrive pas vraiment à redresser la tête. Elle confesse même une sorte d’aveu de faiblesse. En janvier dernier, l’entreprise confirme qu’elle s’appuiera sur Google pour faire évoluer Siri, en intégrant son modèle Gemini. Un partenariat estimé à plusieurs milliards de dollars selon le Financial Times, assez historique pour une entreprise qui a, depuis sa création, toujours développé ses propres technologies.

Dans les faits, Gemini devrait fonctionner comme une sorte de « marque blanche. » L’utilisateur ne verra aucune référence à Google. Apple conserve la maîtrise de l’interface et ajuste le modèle pour l’aligner avec ses standards, notamment en matière de confidentialité. En tout cas, l’assistant pourra donc enfin proposer des réponses complètes, contextualisées et ne plus se contenter de renvoyer vers un lien internet.

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Et, pour l’avenir, la prochaine étape est déjà connue. Le 8 juin, lors de la WWDC 2026, Apple présentera iOS 27. Plusieurs évolutions sont attendues. Outre l’officialisation de la collaboration entre Siri et Gemini, l’arrivée probable d’une application Siri spécifique dédiée devrait voir le jour. D’après des informations de Bloomberg, il sera même bientôt possible « d’intégrer » des IA comme Claude (Anthropic), Gemini (Google), ChatGPT (OpenAI) et autres directement dans Siri.

Pas de quoi combler son retard sur les géants du secteur, relèvent les analystes. Mais, en rassemblant toutes les IA dans une seule interface, Apple cherche à faire de Siri un point de passage obligé sur iPhone, capable de sélectionner et d’exploiter différents modèles sans que l’utilisateur n’ait à quitter son écosystème.