Proposer en officine un TROD combinant VIH, hépatites B, C et syphilis : c’est le projet que l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) met sur pied depuis un an en Guyane. « L’idée est d’effectuer ce test, en le couplant idéalement à des prélèvements urinaires pour dépister aussi la chlamydia et le gonocoque. Le pharmacien délivrerait ensuite le conseil associé et, en cas de résultat positif, impulserait la prise en charge du patient et s’assurerait qu’il respecte le parcours de soins », explique Guillaume Racle, conseiller économie de l’USPO, en déplacement à Cayenne.
Une porte d’entrée plus facile dans le dépistage
Les opportunités d’inclusion dans un tel parcours sont nombreuses : « Cela peut se faire par exemple à l’occasion d’un programme d’échange de seringues ou lorsqu’une patiente demande une pilule du lendemain. Cette contraception est utilisées par les patientes guyanaises, il m’arrive d’en dispenser 20 à 30 par jour », confie Fabien Sublet, président de l’USPO en Guyane. Pour les patients, cette future prise en charge a l’intérêt d’être plus rapide et accessible qu’un dépistage en laboratoire de biologie médicale, et moins stigmatisante que dans une structure spécialisée. « Nous avons mené une petite expérience en officine, avec l’aide d’une association. En une matinée, nous avons effectué 14 tests, ce qui est énorme. En comparaison, on fait un à deux Trod cystite par semaine maximum », poursuit le pharmacien.
Dépister même dans les communes les plus enclavées
En Guyane, où l’accès aux structures de soins est plus facile sur le littoral, un important réseau d’officines couvre le territoire, y compris dans des communes isolées, accessibles uniquement par voie fluviale. « Les pharmacies ont un rôle de santé public majeur dans ces lieux enclavés et peuvent permettre d’y améliorer le dépistage », assure Fabien Sublet. Car les dépistages, réservés actuellement aux médecins, sages-femmes et associations, sont loin d’être suffisants : « La Guyane reste le département le plus touché par le VIH et cette prévalence ne baisse pas », affirme Guillaume Racle. Dans un bulletin publié en décembre 2025, l’agence régionale de santé (ARS) de Guyane, s’alarme également de la hausse des sérologies positives de syphilis et de chlamydia, « touchant particulièrement les femmes jeunes alors que les hommes jeunes restent difficiles à dépister. »
Une jeune génération peu sensibilisée à la santé sexuelle
Pauvreté, manque de connaissances en santé sexuelle… Malgré les actions de prévention menées par l’ARS, comme la distribution de préservatifs ou les campagnes de sensibilisation, la population reste insuffisamment renseignée sur les risques de transmission des IST. « On observe même de plus en plus de pratiques à risque dans la jeune génération », regrette Guillaume Racle.
La Guyane, creuset d’innovation avant une potentielle généralisation
Le dépistage des IST en officine fait partie de la nouvelle stratégie régionale en santé sexuelle et reproductive, qui sera finalisée par l’ARS Guyane d’ici mai 2026. 85 % des pharmaciens guyanais plébiscitent cette prise en charge qui pourrait être lancée avant l’été 2026. Et généralisée, à terme, dans tout le réseau ? « Nous y travaillerons », promet Guillaume Racle.