L’édile de la capitale anglaise, Sadiq Khan, a qualifié d’« inacceptable » la programmation du rappeur américain dans un festival londonien le 10 juillet.
Un artiste indésirable. Réputé ces dernières années pour ses propos polémiques sur l’esclavage noir africain, la communauté juive et l’Allemagne nazie, Kanye West n’est décidément plus le bienvenu. Sa prochaine tournée européenne fait la une de l’actualité sans rapport avec son talent. Début mars, toute la classe politique marseillaise s’est indignée de voir le nom de l’artiste de 48 ans affiché au Stade Vélodrome, où il doit donner un concert le 11 juin devant quelque 60 000 spectateurs. Si la préfecture maintient l’événement.
Benoît Payan, maire de la cité phocéenne avait alors déclaré, sur X, que Kanye West n’était « pas le bienvenu au Vélodrome, le temple du vivre-ensemble et de tous les Marseillais », refusant que la ville « soit une vitrine pour ceux qui promeuvent la haine et le nazisme décomplexé ». Un avis partagé cette semaine par son homologue britannique. Dans les colonnes de Variety, le porte-parole de Sadiq Khan, édile de Londres, a regretté la venue du rappeur le 10 juillet au Wireless Festival, où il a été annoncé comme une des têtes d’affiche. « Nous sommes formels : les propos et les actes passés de cet artiste sont offensants et inacceptables, et ne reflètent en rien les valeurs de Londres », a-t-il déclaré.
« Profondément irresponsable »
Le maire de la capitale anglaise a précisé que, comme à Marseille, la décision n’a pas été prise par la municipalité, mais par les organisateurs du festival. Sadiq Khan et ses conseillers n’avaient aucun droit de regard sur cette programmation controversée, présentée par le Wireless comme « le premier spectacle du rappeur au Royaume-Uni en onze ans ». L’équivalent du Crif en Angleterre a lui aussi dénoncé la présence du rappeur à l’affiche. Dans un communiqué relayé au Guardian cette semaine, le Conseil des dirigeants juifs a qualifié la décision de « profondément irresponsable ». « Kanye West a utilisé à plusieurs reprises sa notoriété pour diffuser des messages antisémites et pro-nazis, a-t-il rappelé. Tout lieu ou festival devrait y réfléchir à deux fois avant de mettre sa plateforme à sa disposition pour propager son antisémitisme. »
Je ne suis pas nazi ni antisémite. J’aime le peuple juif
Kanye West, en janvier
« Les propos tenus par l’artiste par le passé ont suscité une émotion légitime, mais l’artiste a présenté ses excuses depuis, révélant des éléments de contexte personnels, et cette tournée mondiale s’opère justement après ce mea culpa », s’est justifiée, la société programmatrice Mars360, opérateur exclusif du Vélodrome. L’excuse a été formulée aussi aux Pays-Bas et en Italie, où des concerts déjà complets sont prévus les 6 et 18 juin.
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Fin janvier, le rappeur américain a voulu redorer son image en déplorant son comportement qu’il attribue à des troubles bipolaires dont il souffrirait depuis plusieurs années. Dans une page payante du Wall Street Journal, Kanye West a dit « regretter [ses] actes » et en être « profondément mortifié ». « Je m’engage à assumer mes responsabilités, à suivre un traitement et à opérer des changements réels et durables. Cela n’excuse en rien ce que j’ai fait. Je ne suis pas nazi ni antisémite. J’aime le peuple juif », a-t-il ajouté.