L’ancien plumassier belge du Lido a été condamné mercredi à dix ans de prison pour viols et agressions sexuelles sur deux mineurs par la cour criminelle de Paris. A l’issue de trois jours de procès, Jean-Claude de Roo, 77 ans, a été déclaré coupable de viols et agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans et par personne ayant autorité, ainsi que corruption de mineur, des faits survenus à l’égard d’une première victime présumée, Baptiste, de janvier 2007 à octobre 2010.

Jean-Claude de Roo a également été reconnu coupable d’une agression sexuelle commise en 2016 sur une deuxième victime, Louison, 16 ans au moment des faits. A la fin du verdict, les deux hommes se sont fait une discrète tape dans le dos, accueillant avec soulagement la décision. Interrogé par l’AFP, Louison s’est dit « soulagé que la cour a pris la mesure de la gravité des faits ».

« Emprise »

Plus tôt dans la journée, le ministère public avait requis douze ans de réclusion criminelle. Outre la peine de prison avec mandat de dépôt à effet différé, la cour a aussi condamné l’accusé à un suivi sociojudiciaire de cinq ans, une injonction de soin ainsi que son inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. Jean-Claude de Roo a également interdiction de rencontrer ses deux victimes et d’exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact avec des mineurs.

En 2007, Jean-Claude de Roo, surnommé « Dominique », fait la connaissance de Baptiste, un adolescent qui rêve de devenir danseur, par l’intermédiaire d’une connaissance commune. Le garçon évolue alors dans un environnement familial compliqué à Nice, avec un père absent et une mère dépressive.

« Absence de griefs » d’une victime

« Je me suis dit que c’était peut-être la bonne étoile qui veillait sur moi », a raconté à la barre Baptiste, aujourd’hui âgé de 33 ans. D’après l’enquête, une relation « sous emprise » s’est rapidement installée entre l’adolescent de 14 ans et le plumassier qui a contribué aux costumes féeriques du Lido, mythique cabaret des Champs-Elysées. « Pas capable de qualifier les faits » dont il était victime à l’époque, Baptiste a affirmé que « D. » – il refuse de prononcer son prénom – « a exercé son emprise par chaque acte, chaque viol ». « Et une fois l’emprise acquise, il y a eu beaucoup de chantage affectif ». Selon la cour, le sexagénaire avait « sciemment mis en place des mécanismes pernicieux d’emprise sur Baptiste ».

Autre victime dans cette affaire, Louison, 16 ans à l’époque et en CAP plumasserie, a lui raconté que lors d’une visite à Jean-Claude de Roo dans sa boutique-atelier à Paris, il a subi des « attouchements ». « Je n’ai pas compris pourquoi il a dit ça », s’était défendu l’accusé, avançant l’idée d’une machination de la part de « concurrents » pour le « faire tomber ». Dans son verdict, la cour a noté « l’absence de griefs » de Louison « qui aurait pu le conduire à mettre faussement en cause Jean-Claude de Roo ».

« Pluralité de victimes » ?

Invité lundi à l’ouverture de son procès à dire s’il reconnaissait les faits qui lui étaient reprochés, l’accusé avait invariablement répondu « non ». A la barre mercredi, il a assuré « regrette (r) vraiment, sincèrement tout ça ». Il n’a pas souhaité davantage s’exprimer à l’issue des débats. L’enquête a par ailleurs permis de confirmer l’attirance de Jean-Claude de Roo pour les jeunes hommes. Interrogé sur le sujet, l’accusé, en couple avec un homme de 51 ans son cadet, a indiqué « ne pas pouvoir l’expliquer ».

Les articles de la rubrique Pédocriminalité

Durant son procès, certains de ses proches ont souligné son « côté Peter Pan » ou « Pygmalion ». La cour a pointé dans son verdict le comportement « global plus problématique » de Jean-Claude de Roo « avec les mineurs et les jeunes majeurs, sur lequel celui-ci ne semble pas avoir commencé la moindre réflexion ». Pour le ministère public, « en toile de fond de cette procédure », il y a « ce doute qui plane sur une pluralité de victimes ». Mardi, un témoin que l’accusé appelait son « fils » Jean-Claude de Roo n’a, en réalité, pas de fils) a, à la surprise générale, révélé à la barre avoir subi « des rapports sexuels non consentis » de ses 14 ans à ses 18 ans. Aucune plainte n’a été déposée à ce jour concernant ces faits.