Alors qu’une manifestation mobilisait ce mercredi à Charleroi des militants du droit au logement pour tous, nous sommes allés à la rencontre d’André (prénom d’emprunt), qui vit sous tente à Marcinelle depuis plus de deux mois.
Galère
Âgé de 56 ans, arrivé à la rue après des pertes d’emplois (notamment chez Caterpillar) et des ruptures conjugales, il assure ne consommer aucune substance. « Je ne me drogue pas et je ne bois pas ! »
Dans l’attente d’un logement social, c’est pour « fuir les structures (abris de nuit, accueil de jour) fréquentées par des toxicomanes et des alcooliques, et après des vols », que l’ancien métallo s’est replié sur ce mode de vie. Une errance qu’il estime plus… sécurisante.
« Pour le logement social, je suis sur liste d’attente », confie-t-il. « J’ai dû recommencer récemment mon inscription à la Sambrienne ». Six mille personnes espèrent comme lui obtenir un toit.
André a l’habitude des conditions difficiles, notamment du froid en hiver, après avoir passé beaucoup de temps à l’extérieur. « J’ai vécu dans les bois près de La Louvière. En début d’année, je cherchais un environnement semblable ici à Charleroi mais j’ai finalement choisi de planter ma tente dans ce petit parc près de l’A503. »
Epargne logement
L’homme qui bénéficie du revenu d’intégration a demandé au CPAS de ne recevoir que 150 euros par semaine. « Le reste est mis en épargne en vue de mon futur logement. » Il a développé des stratégies de survie : pour manger — avec un réchaud et la solidarité du quartier — pour l’hygiène – « Je vais à l’hôpital et je me lave à l’évier », pour s’occuper — addict aux jeux en ligne, il doit trouver des endroits pour recharger sa tablette et se connecter au wifi – « Je me rends au Lunch Garden de Couillet où je prends un café. J’y reste plusieurs heures… «
André est suivi par des éducateurs de rue du CPAS. Ce qu’il attend avant tout, c’est un logement stable. « Et un emploi si je peux en trouver un dans ma situation », confie-t-il, « c’est-à-dire sans domicile fixe et à mon âge. »
Au bout du compte, le SDF n’est pas en colère. Il se montre plutôt résigné, « subit » son exclusion et s’y est adapté. Ce qui ne l’empêche pas d’espérer obtenir un chez lui plus confortable que sa tente, exposée aux risques de pillage et où il stocke tout son nécessaire de (sur)vie.