Fernando Alonso ne cherche pas à embellir la situation. « Nous ne sommes clairement pas dans la position dans laquelle nous voulions être », reconnaît-il face à la presse à Bahreïn. L’équipe de Silverstone a manqué des étapes importantes de préparation, notamment les essais de F1 à Barcelone, où ils sont arrivés en retard, et des journées de tournage annulées.

Pour le double champion du monde, ce déficit initial pèse lourd. « Certaines équipes ont fait rouler leur voiture le 9 janvier, donc maintenant cela fait un mois qu’elles analysent les données et résolvent des problèmes. » Pendant que les autres affinaient déjà leurs réglages, Aston Martin débute à peine son véritable travail d’exploitation à Sakhir.

Les interruptions répétées compliquent encore la tâche. Chaque anomalie technique vient casser la progression prévue. « Nous trouvons de petits problèmes ici et là, à chaque sortie », explique-t-il, soulignant que ces imprévus empêchent d’enchaîner les relais comparables et d’explorer méthodiquement les réglages.

« Il y a des tours où nous gagnons ou perdons huit dixièmes en changeant un seul réglage »

Cette instabilité rend toute hiérarchie prématurée. Les écarts au tour fluctuent fortement selon les ajustements effectués. Alonso illustre ce phénomène par un exemple concret : « J’ai fait un tour hier où je suis sorti large au virage 4, et ensuite, jusqu’à la ligne d’arrivée, j’ai gagné huit dixièmes. »

Il poursuit : « Il y a des tours où nous gagnons ou perdons huit dixièmes en changeant un seul réglage. » Autrement dit, l’Aston Martin évolue encore dans une fenêtre de performance mal définie. Dans ces conditions, les chronos bruts ne reflètent pas nécessairement le potentiel réel de la monoplace. Si Lance Stroll a évoqué un retard de plusieurs secondes, son coéquipier espagnol préfère relativiser. Selon lui, l’équipe doit d’abord stabiliser sa base technique avant d’évaluer précisément sa place dans la hiérarchie.

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Fernando Alonso distingue clairement les deux volets du projet. Concernant l’unité de puissance Honda, l’incertitude demeure. « Nous n’avons pas encore une bonne compréhension du règlement et de ce qui est nécessaire », admet-il, laissant entendre que la phase d’apprentissage est encore en cours.

En revanche, il ne nourrit aucun doute sur la partie châssis. « Après plus de 30 ans durant lesquels Adrian [Newey] a dominé la F1, ce n’est pas comme s’il allait tout oublier en un an. » La présence de l’ingénieur britannique à la tête du développement constitue, à ses yeux, une garantie à moyen terme.

L’Espagnol ne prétend pas que l’équipe soit déjà au niveau espéré, mais il se montre convaincu que les marges de progression existent. « Même si nous ne sommes pas à 100 % maintenant, nous y serons bientôt », assure-t-il, convaincu que la résolution des problèmes actuels permettra de libérer le potentiel de l’AMR26.

Lucide, Fernando Alonso n’annonce pas de miracle pour l’ouverture de la saison. « Nous ne serons pas les plus rapides à Melbourne », prévient-il. Le retard accumulé ne disparaîtra pas en quelques jours. Néanmoins, dans un contexte réglementaire en pleine mutation, le pilote espagnol mise davantage sur la trajectoire du projet que sur l’instantané des essais hivernaux. Pour lui, l’essentiel est d’identifier les faiblesses actuelles et d’accélérer le rythme de développement.