Sous l’impulsion d’une demande insatiable pour les infrastructures d’intelligence artificielle, le chiffre d’affaires des dix principaux concepteurs de puces sans usine (fabless) a bondi de 44 % en 2025, affirme TrendForce.

Cette croissance record, portée par NVIDIA et Broadcom, masque toutefois une mutation profonde : la performance ne se joue plus seulement sur le calcul, mais sur la capacité à lier les systèmes entre eux. Et ce via le réseau.

Une domination sans partage de NVIDIA et la percée de Broadcom

Selon les dernières données du cabinet d’analyse, le revenu total des leaders du secteur a dépassé les 359 milliards de dollars en 2025. NVIDIA consolide son hégémonie avec une croissance de 65 % de son chiffre d’affaires annuel, atteignant 205,7 milliards de dollars.

Ce chiffre illustre aussi l’énorme dépendance à l’écosystème de l’entreprise de Santa Clara, dont 90 % des revenus du dernier trimestre proviennent exclusivement des centres de données.

© TrendForce

Mais Broadcom s’empare de la deuxième place mondiale, détrônant Qualcomm. Cette ascension s’explique par l’explosion de la demande en silicium personnalisé (ASIC) et en équipements réseau. Et contrairement à Qualcomm, encore largement tributaire d’un marché des smartphones aux cycles de renouvellement plus lents, Broadcom capitalise sur le besoin vital des fournisseurs de services cloud (CSP) de construire des clusters IA extensibles.

L’interconnexion : le nouveau verrou stratégique

L’événement majeur de cette année 2025 reste cependant l’investissement de 2 milliards de dollars de NVIDIA dans Marvell. Ce mouvement stratégique vise à intégrer les technologies de photonique sur silicium et les architectures NVLink Fusion de Marvell dans l’écosystème NVIDIA.

Marvell, qui affiche la deuxième plus forte croissance du secteur (+43 %), prouve donc que la puissance brute d’un GPU n’est rien sans une latence réseau minimale. Car c’est cette optimisation des couches basses qui garantit une meilleure réactivité des agents IA déployés en entreprise, et réduit les temps de réponse des LLM.

Par ailleurs, l’émergence d’architectures plus ouvertes, soutenue par la croissance de 34 % d’AMD, laisse présager une standardisation des écosystèmes, facilitant le déploiement de modèles d’IA locaux performants.

Un décalage grandissant entre l’économie du datacenter et le marché grand public

Tandis que le segment Data Center s’envole, les acteurs tournés vers le grand public comme Qualcomm (+12 %) et MediaTek (+16 %) progressent plus modestement.

Bien que les puces haut de gamme pour smartphones (Dimensity 9500, Snapdragon) maintiennent des revenus records, elles subissent la pression des coûts de production et la volatilité économique mondiale.

En queue de classement, des acteurs comme OmniVision ou MPS trouvent leur salut dans des niches critiques : la vision par ordinateur pour l’automobile (ADAS) et la gestion de la puissance électrique (Power Management), indispensable pour alimenter des serveurs IA de plus en plus énergivores.