"Mauvaise pioche", où l'histoire d'un quidam (Gérard Jugnot) pris par erreur pour l'homme le plus recherché de France.« Mauvaise pioche », où l’histoire d’un quidam (Gérard Jugnot) pris par erreur pour l’homme le plus recherché de France. ©MES Productions

« J’aime rire avec des choses qui m’interpellent ou m’inquiètent, explique-t-il le sourire en coin. Par le biais de la comédie, je rentre dans un personnage et j’essaie de me mettre à la place de ce pauvre monsieur qu’on a pris par erreur pour Dupont de Ligonnès alors qu’il ne lui ressemble absolument pas. Dans la réalité, les flics étaient beaucoup moins sympathiques que dans le film. L’idée, c’était de prendre un enquêteur comme Darroussin qui était au bout du rouleau, un peu le Javert des Misérables qui court après ce type dont on ne sait même pas s’il n’est pas mort. Il s’est planté plein de fois et là il va se planter encore, mais en beauté. C’est sa dernière chance. Donc il y avait un côté assez pathétique et puis, s’il n’y avait pas eu l’autre enfoiré de ripou qui a balancé à la presse, ça n’aurait pas pris des proportions énormes puisque le soi-disant accusé a été jeté en pâture dans les médias. Mais c’est plus, à mon avis, les médias que la police qui sont responsables de tout ça. »

« Mauvaise pioche » : Gérard Jugnot face à l’erreur policière et à la rumeur

On sent que vous avez un compte à régler avec eux…

Je présente un miroir à peine déformant de la folie des réseaux sociaux, des télévisions en continu et de certains journalistes qui n’ont pas la déontologie ancrée en eux. On dit : « On est là pour informer, pas pour s’excuser ». C’est le principe de cette surinformation : on ne sait plus quoi dire, donc on invente. Tous ces spécialistes qui racontent n’importe quoi et ces influenceurs me fatiguent.

Gérard Jugnot égratigne les spécialistes qui expliquent tout, même la perte de 9 centimètres du suspect.Gérard Jugnot égratigne les spécialistes qui expliquent tout, même la perte de 9 centimètres du suspect.Gérard Jugnot égratigne les spécialistes qui expliquent tout, même la perte de 9 centimètres du suspect. ©MES Productions

Partir de l’affaire Dupont de Ligonnès, c’est un joli coup marketing…

C’est vrai qu’on en parle beaucoup, mais de là à ce que les gens aillent le voir, c’est autre chose. J’ai eu du mal à le monter parce qu’au départ les producteurs hésitaient : « Non, tu ne vas pas faire un truc là-dessus, c’est un tueur ». Je répondais : « Non, ce n’est pas sur le tueur, on parle de l’autre ». C’est exactement comme pour Monsieur Batignole. On me disait : « Tu ne vas pas encore faire un film sur la guerre ». Ou pour Une époque formidable : « Tu ne vas pas faire un film sur des SDF ». À chaque fois, je prends des risques. Maintenant, je fais ce que j’ai envie de faire. Ce qui n’était pas toujours le cas avant. Ça colle à ce que dit mon personnage : « Toute ma vie j’ai eu peur. Toute ma vie, je me suis excusé, j’en ai marre ». C’est une audace qui vient aussi du fait que j’estime pouvoir me le permettre. Mais on n’est pas dans Charlie Hebdo, c’est une comédie un peu caustique, une rigolade sociologique. En comédie, on n’est pas loin de la vérité. C’est Guignol : il y a un Guignol qui râle et qui tape sur le gendarme, et ça plaît aux gens. Il fallait que ce personnage se rebelle un peu, sinon ce serait affreux. Il y a une vraie jubilation à ce qu’il se réveille et essaie de venger son honneur. C’est Monte-Cristo.

« Le cinéma, c’est mieux que la vie »

Vous vous voyez comme un sociologue du rire ?

L’humour permet de vaincre mon pessimisme. Je fais ce métier pour soigner mes inquiétudes, mes angoisses, mes doutes. C’est ça qui m’aide à vivre. J’essaie de donner un sens à la vie et que ce soit agréable. J’aime le mélange de rire et de petits trucs d’émotion, avec des personnages touchants. Comme la relation avec Zabou : ça m’amusait de montrer une histoire d’amour entre seniors qui se comportent comme des ados de 15 ans. Le cinéma, c’est mieux que la vie.

Gérard Jugnot et Zabou dans "Mauvaise pioche".Gérard Jugnot et Zabou dans Gérard Jugnot et Zabou dans « Mauvaise pioche ». ©MES Productions

Vous vous êtes entouré d’amis, de Thierry Lhermitte à Josiane Balasko en passant par Philippe Lacheau. Cela vous rassure ?

C’est un grand plaisir. J’ai invité des copains à venir jouer avec moi pendant le goûter. Toutes les semaines, un nouveau arrivait. Il n’y a que Jean-Pierre Darroussin avec qui je n’avais pas tourné, mais je me suis régalé à récupérer Philippe Duquesne, Laurent Gamelon, Zabou, Josiane Balasko, Charlotte Gaccio, ou Michel Laroque. Ce sont tous des Ferrari, donc il ne faut pas vraiment les diriger : il y a juste le bonheur de les voir s’amuser avec ce qu’on a écrit.

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À 74 ans, vous n’envisagez toujours pas la retraite ?

Non, jamais. Enfin, j’arrêterai parce que la vie m’arrêtera, mais je ne vois pas pourquoi je cesserais de prendre du plaisir. J’ai fait une participation de quelques jours dans Le somnambule, puis il y aura la suite d’Y a pas de réseau avec Artus. Après, il devrait y avoir Les enfants de la résistance 2 et j’espère Alibi.com 3. Un beau carnet de commandes pour un retraité…

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