Le Festival photo du Guilvinec, créé en 2012, est devenu un événement majeur du paysage culturel breton. Il attire chaque année plus de 70 000 visiteurs. Pour ceux qui ont connu les quatorze premières éditions du festival, c’était l’Homme et la Mer. Après une 15e année consacrée aux femmes, le Festival a souhaité « aller de l’avant » et « chercher un nom qui conserve la référence maritime et qui soit consensuel ». « La mer en partage » cochait toutes les cases !
Pour son édition 2026, du 29 mai au 30 septembre, la déambulation propose sur ce thème et sur 5 km, une immersion totale à travers 300 images grand format, ancrées dans le paysage portuaire.
Un thème, qui se veut profondément politique et social. « L’avenir de la Terre et de ses locataires passe par la préservation des océans, par un partage délicat entre exploitation et préservation. En 2026, le Festival offre l’opportunité aux photographes de dévoiler leurs partages, ce qu’ils en savent, ce qu’ils en redoutent, ce qu’ils en espèrent, ce qui les fait rêver », souligne le président René-Claude Daniel.
Cette vision se décline en dix-sept séries photographiques sélectionnées pour leur capacité à questionner notre rapport à l’élément liquide. Qu’il s’agisse du partage des ressources, de la connaissance scientifique ou de la transmission des savoir-faire, l’humain reste le « cœur battant » de la programmation.
De l’Iran à la banquise : des récits de résilience
La sélection 2026 brille par sa diversité géographique et thématique. À Shibderaz, sur l’île iranienne de Qeshm, Parisa Bajelan documente la métamorphose d’une communauté qui, sous l’impulsion d’une femme nommée Jima, a choisi de protéger les tortues marines plutôt que de consommer leurs œufs. Un partage de l’espace vital qui résonne avec le travail de l’ethnologue Philippe Geslin. Installé au Guilvinec mais voyageur des pôles, il nous transporte au Groenland, là où les Inuits partagent la banquise avec les esprits des ancêtres et la déesse Sedna, ne prélevant que le nécessaire pour survivre.
À l’inverse, l’ombre des désastres plane sur certaines séries. Marc Chaumeil capture les « fantômes des plages de Lima » après une marée noire dévastatrice au Pérou, tandis qu’Isabelle Serro nous emmène aux côtés des Gounas du Panama, peuple autochtone contraint à l’exil par la montée des eaux. « Ici, l’exil commence avant le départ : il s’inscrit déjà dans le paysage », prévient la photographe.
Pierre de Vallombreuse exposera lors de cette édition 2026 du festival photo « La mer en partage ». (Pierre de Vallombreuse)Ancrage local
Le festival n’oublie pas ses racines maritimes locales. Gaëlle de Trescadec livre le fruit d’une immersion de dix ans auprès des ligneurs et fileyeurs du Raz de Sein. Ses portraits célèbrent la transmission entre les générations de marins, des anciens aux « mousses » qui incarnent l’avenir.
L’innovation est aussi visuelle. Axelle de Russé utilise le procédé de l’infrarouge pour rendre perceptible le réchauffement climatique au Svalbard, transformant le froid polaire en nuances magenta inquiétantes. De son côté, Manon Lanjouère propose un « conte humain d’une eau qui meurt » en utilisant des microplastiques pour créer des cyanotypes imitant des organismes vivants — une classification scientifique factice et poétique qui dénonce l’invisible pollution des océans.
Un festival vivant et accessible
Au-delà des expositions gratuites en plein air, le festival se veut un lieu d’échanges. Le week-end d’ouverture permettra au public de rencontrer les artistes autour des spécialités culinaires locales. Le cycle de conférences « Les mercredis du Festival » viendra ponctuer les mois de juillet et août, complété par des marathons photo et des projets scolaires.
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