Le diagnostic du cancer n’a été posé que si l’analyse que fasait M. Mitchell des données du scanner et des radiographies concordait avec celui d’Alastair Littlewood, radiologue à l’hôpital municipal de Peterborough. Cette approche en deux étapes a exclu presque tous les squelettes des sujets. Au final, l’équipe a confirmé la présence d’un cancer dans les os de cinq des cent-quarante-trois individus.

Toutefois ce nombre ne reflète probablement pas tous les cas de cancers possibles au sein de la population testée. La propagation des cancers jusqu’aux os ne survient que dans un tiers, voire dans la moitié, des cas aujourd’hui. En outre, les scanners ne détectent les cancers dans les os que dans 75 % des cas environ. Lorsque les chercheurs ont appliqué ces contraintes aux squelettes médiévaux, ils ont calculé qu’entre 9 % et 14 % des Britanniques de l’ère préindustrielle souffraient probablement d’un cancer. Cette estimation est donc dix fois plus élevée que le taux précédemment annoncé de 1 %.

Sans la possibilité d’effectuer des analyses sanguines et des biopsies pour écarter d’autres maladies, il est impossible de savoir si chaque lésion osseuse identifiée dans l’étude était le résultat d’un cancer. Aussi, puisque l’étude n’a été menée que sur des individus provenant d’une seule et même zone géographique, elle ne représente pas véritablement l’ensemble de la Grande-Bretagne médiévale. Toutefois, selon M. Mitchell, Cambridge était une ville « très représentative » de la Grande-Bretagne de l’époque.

Cette nouvelle étude vient s’ajouter au casse-tête des maladies médiévales. On pense en effet qu’elle serait un mélange d’infection, de malnutrition et de blessures causées par la guerre ou les accidents.

« C’est un grand pas pour la recherche bioarchéologique et paléopathologique », s’enthousiasme Roselyn Campbell, bioarchéologue et directrice de la Paleo-oncology Research Organization, une association d’universitaires qui étudient les cancers des temps anciens. Mme Campbell n’était pas impliquée dans la nouvelle étude.