
Une pochette qui réflète son âme de guerrière ©DR
Elle nous fixe rendez-vous à l’atelier de la créatrice belge Valentine Avoh en face du célèbre Collège Saint-Michel à Etterbeek. Elle est venue peaufiner l’une de ses tenues de scène (« J’adore la mode et je veux du Belge », dit-elle) mais aussi se poser pour un Grand Entretien.
Sa préparation physique et mentale avec Jacques Borlée, son amour du… silence, son pays d’origine la Pologne, la maternité (elle est devenue maman le 22 octobre 2023), le marché français (elle vient de donner une interview dans « Culture Médias » sur Europe 1), bienvenue) une Typh’Barrow plus intime que de coutume.
Typh Barrow revient aux affaires avec le titre qu’on attendait d’elle
Votre tournée approche (premier concert le 7 avril à Liège). Comment avez-vous choisi Jacques Borlée pour vous préparer ?
Une rencontre par hasard dans un resto. Cela a tout de suite cliqué. Deux à trois fois par semaine, je m’entraîne avec lui tant physiquement (il me fait suer…) que mentalement. Son programme Rebalance Impulse étudie les ondes alpha, celles de la performance, de la concentration et de la créativité. On travaille avec des stimulations sonores et visuelles suivies d’une séance de sport.

« Il travaille sur les ondes alpha, celles de la performance et de la créativité »
Le 4 décembre dernier, vous avez rejoint Lara Fabian sur la scène de Forest National.
Un exemple. Elle a une hygiène de marathonienne. Avant et après son concert, elle effectue des exercices de récupération. La voix est un muscle à protéger. J’ai un kyste sur les cordes vocales que j’ai refusé de faire opérer. Je me dois d’avoir une discipline pour le sommeil, l’alimentation (pas manger de crasses…), pas d’alcool,… Je ne me prive pas mais je suis une grande épicurienne. Je dois diminuer les risques d’inflammation, augmenter mon immunité,… J’ai également mis en place des exercices de méditation, de lecture,… J’ai également limité ma vie sociale ces derniers temps.
C’est triste non ?
Pas du tout. Je suis focus sur un objectif. J’ai la chance d’exercer ce métier, les gens paient pour venir me voir, je me dois d’être à 150 % pour être à la hauteur de leurs attentes.
Quelqu’un vous appelle-t-il encore Tiffany, votre vrai prénom ?
Mon père quand il est fâché…
On sait que vous êtes une grande sportive un peu casse-cou (saut en parachute, …). Depuis la naissance de votre fils le 22 octobre 2023, vous êtes-vous calmée ?
Oui, oui… D’autant plus que j’ai eu la brillante idée de me briser l’épaule droite lors de ma participation à Fort Boyard (c’était en décembre 2024). Je me suis fait une solide frayeur. « Tu n’es plus toute seule, Typh… ». Fini de jouer les casse-cou en permanence.
« Je suis moins casse-cou qu’avant. Je me suis calmée »
Votre tournée est quasiment complète…
C’est fou. Un soulagement parce qu’après un break de deux ans loin du public, loin des médias, j’avais une petite crainte. Celle que les gens soient passés à autre chose.
Pourquoi avoir arrêté durant deux ans. Certaines artistes maman reprennent rapidement comme Clara Luciani.
Depuis que je fais ce métier, je n’ai jamais arrêté. J’étais tout le temps dans l’action. Je n’avais pas prévu un break aussi long mais j’avais besoin de profiter pleinement de mon enfant. Cette naissance était un cadeau. J’ai pris du temps pour digérer les bouleversements dans ma vie, de mettre de l’ordre dans ma vie perso et professionnelle. Mais aussi prendre le temps de poser les mots qui devaient refléter un nouveau moi.
« Après deux ans d’arrêt, j’avais peur que les gens soient passés à autre chose »
Est-ce dire que la maternité vous a davantage secoué que prévu ?
On présente la maternité comme quelque chose de très doux et lumineux. Ça l’est mais pas que… Cela amène aussi un bouleversement physique et psychique, presque identitaire. J’ai remis beaucoup en question, pensé à mon système de valeurs. Cela m’a poussé à effectuer la rétrospective de ce que j’ai été en tant qu’enfant, ce que je voulais pour mon enfant ou pas,..
Écrire un album après avoir été maman, est-ce une nouvelle Typh Barrow ou simplement la continuité d’une vie d’artiste ?
J’ai complètement modifié mon mode de fonctionnement. Jadis, je m’enfermais plusieurs jours en autarcie pour composer et écrire avant de présenter le résultat à mon équipe. Nous présentions d’ailleurs les morceaux au public avant de faire l’album. Cette fois, je me suis ouvert à des co compositions et des collaborations. J’ai voulu une production plus riche, plus audacieuse, plus affirmée. Je veux surprendre mon public sans le perdre.
Vous avez pensé cet album pour la scène ?
C’est la première fois que l’on me pose la question. Je ne me l’étais même jamais posée. Dans l’album, il existe des interludes un peu cinématographiques avec des grandes envolées lyriques. Je les conserve sur scène. J’ai imaginé cet album comme une expérience immersive, un fil que l’on déroule de A à Z.

La chanteuse met un point d’honneur à travailler avec des designers belges ©cameriere ennio
Qui dit scène, dit costumes. Vous êtes un fan ce mode. L’interview a lieu dans l’atelier de Valentine Ahov. Comment est née cette collaboration ?
J’ai toujours eu à cœur de travailler avec des designers belges surtout depuis la crise du Covid où tout le secteur a peiné. Valentine est une incroyable artiste, humble et une belle âme. Spécialiste des robes de mariée, on a collaboré pour dessiner la deuxième tenue (la première a été imaginée par un créateur parisien à l’instar du masque qui figure sur la pochette). Je n’avais pas d’idées arrêtées sauf le blanc (NdlR : pas question de voir ne fût-ce que des ébauches après le 7 avril…).
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Vous avez déclaré des dizaines de fois que vous n’aimiez pas votre voix. C’est réglé maintenant ?
J’ai mis du temps à l’accepter. C’est plus simple quand on rencontre le succès et que les gens disent qu’ils aiment ma voix. Mon métier m’oblige à me remettre tout le temps en question. J’apprends à être moins dur avec moi-même. En devenant maman, cela m’a obligé à être moins nombriliste.

Ici en 2020 lors de son concert à Forest National
Pourtant, vous aimez les chanteuses à la voix un peu cassée.
Oui, mais j’ai mis du temps à pouvoir m’écouter. Or, c’est essentiel pour corriger, pour évoluer. Lors de mes premiers enregistrements sur un petit radio cassette, j’ai pleuré de panique. C’était horrible. Je ne me reconnaissais pas. Certains de mes proches n’ont pas osé me le dire.