Bart De Wever a-t-il un agenda caché ?

Pour qu’ils puissent verser le revenu d’intégration sociale (RIS) aux nouveaux bénéficiaires, le Fédéral a prévu des compensations financières à destination des CPAS. Mais encore faut-il que celles-ci soient suffisantes. Sinon, avec près d’un chômeur exclus sur 2 venant de Wallonie et plus d’un sur 5 de Bruxelles, cette réforme équivaudra à un transfert de charges du fédéral vers les Régions.

Et donc, à “une réforme de l’État” qui ne dit pas son nom, comme le dénonçait la députée PS Sophie Thémont l’an dernier, devant la Chambre.

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Pour rappel, Bart De Wever a juré avoir mis au frigo — le temps de la législature — ses velléités confédérales. À l’entendre, le Premier ministre suivrait, avec cette réforme, une ligne purement libérale : apurement du budget fédéral et “responsabilisation” des individus pour trouver du travail.

Mais en bon séparatiste flamand (qu’il est toujours), on peut toutefois se demander s’il n’a pas un double agenda, lui permettant de lier l’utile (selon sa perspective) à l’agréable…

Combien d’exclus du chômage vers les CPAS ?

Le montant des compensations aux CPAS constitue dès lors un enjeu capital. À cet égard, les autorités fédérales tablaient sur un taux de report de 33 % vers les CPAS : un tiers d’exclus obtenant une aide, un tiers retrouvant un emploi et un dernier tiers disposant de ressources suffisantes (ou appelé à disparaître commodément dans la nature).

Des moyens budgétaires supplémentaires ont donc été dégagés, en fonction de ces proportions hypothétiques, pour renforcer la première ligne. Seront-ils suffisants ? Très probablement, non.

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“Pour compenser le versement des RIS, le gouvernement a prévu 1,250 milliard d’euros sur l’ensemble de la législature, chiffre Alain Vaessen, directeur général de la Fédération des CPAS wallons. Le problème, c’est que dans une série de cas, le Fédéral ne va pas intervenir pour financer ces nouveaux revenus d’intégration. Les aides sociales complémentaires ne sont pas non plus compensées. Et il va également manquer des fonds pour recruter les ressources humaines nécessaires pour accueillir tous ces publics.

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Si vous additionnez tous ces trous dans la raquette, il manque un bon milliard d’euros d’ici à 2029. A minima, puisqu’on se base ici sur une hypothèse de 33 % de report vers nos structures. Je ne vois pas comment on descendrait en dessous de cette proportion. ”

Plus de 55 % de report vers les CPAS en Wallonie

En réalité, celle-ci pourrait même être (bien) plus importante. Se penchant sur l’hypothèse “un tiers”, la Cour des comptes, institution pourtant pas forcément réputée pour être infestée de gauchos, concluait récemment à une évaluation trop optimiste et “pas très réaliste”…

Les premiers chiffres disponibles tendent à aller dans le sens de la Cour des comptes. Les données cumulées pour janvier/février montrent en effet que 47,9 % des premiers exclus des allocations de chômage ont demandé et obtenu un revenu d’intégration social en Belgique. À Bruxelles, cette proportion est de 41,5 %, et grimpe même à 55, 4 % en Wallonie, renseigne le SPP Intégration sociale.

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Voilà pourquoi tant en Wallonie qu’à Bruxelles, les structures de première ligne espèrent que le gouvernement fédéral réalisera un monitoring de sa réforme et adaptera les compensations en conséquence.