Centres économiques et banques visés

Selon Network World, qui a relayé l’attaque contre le site AWS, exploité conjointement avec l’opérateur télécom Batelco (Bahrain Telecommunications Company), l’Iran vise désormais clairement ces sites qui soutiennent les services financiers, l’administration, le commerce en ligne et une part croissante de l’économie régionale.

L’Iran parle de « cibles légitimes », voire « d’entités d’espionnage » reliées au « gouvernement belliciste des États-Unis ».

Reuters a par ailleurs rapporté que les Gardiens de la révolution iraniens avaient revendiqué l’attaque. Amazon affirme aider ses clients à migrer vers d’autres régions AWS. Ce qui confirme les craintes d’endommagements profonds, et de répercussions économiques potentiellement lourdes.

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L’Iran avait d’ailleurs déjà menacé début mars de frapper « les centres économiques et les banques » dans le Golfe, tandis que l’agence iranienne Tasnim a cité les géants américains de la tech comme de « futures cibles » de Téhéran, relayait l’AFP il y a quelques jours.

Triple dégâts

Le premier impact est donc un coût direct d’indisponibilité. Dans les économies du Golfe, où la numérisation des services publics, de la banque, des télécoms, du commerce et de la logistique s’est accélérée, une dégradation, même partielle, du cloud peut provoquer une cascade de perturbations. Dans un autre registre, les pannes récentes de Worldline en Belgique, qui ont paralysé les paiements Bancontact, ou les deux pannes survenues chez Proximus au mois de mars, illustrent la panique que ce type d’incidents peut provoquer.

85 % des données du Bahrein sont hébergées chez AWS.

Le deuxième impact est une hausse du coût du risque. Les assureurs réévaluent leurs primes et les grands clients réclament davantage de « redondance », soit des centres de données répartis sur plusieurs sites afin de disposer de sauvegardes sécurisées, de backup. Or, cette redondance a un prix.

Le troisième impact est plus profond : la menace pèse sur la rentabilité future des investissements numériques dans le Golfe. Amazon avait annoncé, en 2025, un investissement de 5,3 milliards de dollars pour développer une « nouvelle région AWS » en Arabie saoudite, attendue pour cette année 2026. Ce montant donne la mesure des paris engagés dans la région. Mais les inquiétudes liées à la sécurité des sites pourraient alourdir considérablement la facture, voir retarder le projet.

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Une étude économique citée par le Bahrain Economic Development Board, datant de 2023, estimait que les dépenses liées au cloud devraient contribuer à hauteur de plus de 1,2 milliard de dollars au PIB du royaume d’ici cette année 2026, soit environ 2,3 % du PIB. Une communication d’Amazon montrait au même moment que « 85 % des données du Bahrein » avaient migré chez AWS. C’est dire la dépendance que cela représente.

Précisons que l’Iran a menacé d’autres grandes entreprises américaines (au moins 18 identifiées) récemment, comme le relaie BFM Business, parlant de « cibles légitimes », voire « d’entités d’espionnage » reliées au « gouvernement belliciste des États-Unis ».