Des ratés pour le dépistage du cancer du côlonComme s’il suffisait d’une prise de sang…

La société propose trois formules, Explore, Advanced et Complete, qui coûtent respectivement 199 € pour tester 60 biomarqueurs, 299 € pour 100 biomarqueurs et 399 € pour environ 150 biomarqueurs.

Mais au fond, comment fonctionnent les prises de sang traditionnellement faites ou prescrites par les médecins de famille ? « Les résultats donnés par les laboratoires pour les prises de sang sont des valeurs comprises entre deux chiffres, qui représentent les valeurs normales », explique le Dr Catherine Lietaer, administratrice de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG).

« On soigne les gens, pas les chiffres. »

Elle ajoute que ces valeurs sont des valeurs statistiques. « On estime que la très grande majorité des êtres humains ont des valeurs qui se situent dans cette fourchette, mais il y a des gens qui se situent un peu au-dessus ou en dessous. »

« On soigne les gens, pas les chiffres. Le médecin connaît le patient, son histoire familiale, ses antécédents, l’a examiné. Il peut dire : ‘Ce résultat-là ne m’inquiète pas, c’est une variante de la normale’. »

Des biomarqueurs déjà testés par les généralistes

Nous avons demandé au Dr Lietaer de consulter les biomarqueurs testés par la société. « Les trois quarts sont repris dans un check-up normal chez le généraliste… Donc je ne vois pas pourquoi aller payer dans le privé une somme assez considérable, alors qu’on peut la demander à son généraliste et être remboursé par la mutuelle. »

Un médecin peut-il cocher toutes les cases qu’il veut ? « Il y a des limites, reconnaît le médecin. Tout d’abord, il y a le critère de remboursement. C’est l’Inami (Institut national d’assurance maladie-invalidité) qui décide si oui ou non il rembourse, sur base d’études scientifiques qui font la preuve que telle analyse est pertinente. »

Le deuxième facteur limitant, c’est le cumul. « Certaines analyses sont autorisées une fois par an, par exemple, la vitamine D ou le contrôle de la prostate, qui doit remplir certaines conditions. Tester plusieurs fois par an ne sert à rien et coûte à la collectivité de l’argent qui pourrait servir à soigner des choses plus prioritaires. »

Tester au hasard ne permet pas de trouver un cancer

Le principe de Limitless est de dépister, par le biais des biomarqueurs, dans le but de prévenir une maladie qui pourrait survenir. « On perd la validité scientifique de certaines analyses sanguines qui ne servent à rien en prévention. Si on teste chez une personne saine, les marqueurs qui servent à faire le bilan des personnes souffrant d’un cancer, on risque de trouver des chiffres anormaux, qui ne veulent rien dire, et vont affoler inutilement les gens. »

« C’est un leurre de penser qu’une prise de sang pourra éviter tous les cancers. »

Selon la généraliste, il peut être dangereux de tout tester à l’aveugle. « On rêverait d’avoir un portique, comme à l’aéroport, qui sonne si on a un cancer. Mais ça ne se passe pas comme ça. Trouver un cancer, c’est parfois chercher une aiguille dans une meule de foin », dit le Dr Lietaer.

Par contre, elle rappelle que pour les cancers les plus fréquents, comme le cancer du côlon, du sein, il existe des campagnes de dépistages, auxquelles les Belges rechignent à participer, alors qu’on peut les traiter.

« Puis il y a des cancers rares, ou vicieux, qui donnent des histoires brutales. C’est la faiblesse de la médecine en 2026 : on ne sait pas tout détecter. Mais c’est un leurre de penser qu’une prise de sang pourra éviter tous les cancers. »

« On a très peur, parce qu’on connaît quelqu’un qui a un cancer du pancréas, un jeune sans facteur de risque… Mais le cancer colorectal, qui est beaucoup plus fréquent, on néglige de le tester parce qu’on n’a pas envie d’envoyer un échantillon de ses selles, ou on oublie… »

Le cancer du côlon n’est pas assez dépisté en WallonieLa prévention, ce n’est pas seulement le dépistage

« Concernant les AVC, les infarctus, on rêverait de trouver des marqueurs pour avertir du risque… Mais il y a des choses qui s’en rapprochent : quand on dose le cholestérol et la lipoprotéine A, par exemple, quand on contrôle le diabète si on en a », reconnaît la généraliste.

Et pour la prévention, cela reste des mots peu sexy : bouger, manger sainement, éviter de fumer.

« C’est pour cela qu’on parle de médecin de famille, qu’on doit être suivi au moins une fois par an, en fonction de l’histoire familiale et des antécédents. C’est dans ces cas-là qu’on fait la meilleure médecine.

Le microbiote intestinal joue un rôle dans le vieillissementFaire avec les influenceurs et les réseaux sociaux

Aujourd’hui, les généralistes voient parfois des patients hyperanxieux à cause d’une forme de surinformation sur la santé.

« Des patients me demandent de tester l’homocystéine. Je leur demande ce qu’ils cherchent avec ce marqueur. En réalité, on a remarqué que certaines personnes malades avaient un taux d’homocystéine plus haut… Mais on n’a jamais pu démontrer un lien de causalité, et c’est pour ça qu’il n’est pas remboursé par l’Inami. Et pourtant, il est présent dès le premier package de Limitless. »

De plus, le médecin reconnaît qu’en analysant 300 biomarqueurs, le risque statistique est plus grand de tomber sur une anomalie. « Jusqu’où pousser les investigations ? C’est stressant pour le patient, cela coûte à la société, et cela accapare des médecins, alors qu‘il y a une pénurie. »

Elle conclut : « Il y a des guidelines pour les bonnes pratiques de médecine préventive, et cela n’en fait pas partie. »