Ce qui s’annonce déjà comme le casse de l’année en Italie vient d’être confirmé ce dimanche 29 mars par les carabiniers. Une semaine plus tôt, dans la nuit du dimanche 22 au lundi 23 mars, quatre individus masqués ont forcé la porte principale de la villa abritant la fondation Magnani-Rocca de Traversetolo, dans le nord du pays. En moins de trois minutes, ils sont repartis avec trois œuvres des plus grands artistes français : Les Poissons (1917) d’Auguste Renoir, Nature morte aux cerises (1885–1887) de Paul Cezanne et L’Odalisque sur la terrasse (1922) d’Henri Matisse.
Saisie par la fulgurance de ce vol, la fondation a évoqué auprès de la chaîne italienne Sky TG24 une action « structurée et organisée », menée « sans improvisation ». Elle précise toutefois que le déclenchement des systèmes de surveillance et la rapidité d’intervention de la sécurité, puis des carabiniers, auraient empêché les malfaiteurs d’« aller au bout » de leur projet, les forçant soudain à fuir rapidement à travers le parc.
Une perte estimée à près de huit millions d’euros
Les œuvres disparues étaient accrochées à l’étage de la villa, dans une salle dédiée à l’art français. Huile sur toile tardive de Renoir, Les Poissons constitue la perte la plus singulière du lot : rare en Italie, où l’impressionnisme demeure peu représenté dans les collections permanentes, ce tableau est estimé à lui seul à six millions de dollars, soit un peu plus de cinq millions d’euros, sur un butin évalué au total à environ neuf millions.

Auguste Renoir, Les Poissons, 1917
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Huile sur toile • 40 × 51,5 cm • Coll. fondation Magnani-Rocca, Parme • © Stefano Baldini. All rights reserved 2026 / Bridgeman Images
Représentant des fruits dans une assiette posée sur un coin de table, Nature morte aux cerises de Cezanne est quant à elle une aquarelle sur papier, tandis que L’Odalisque sur la terrasse de Matisse est une aquatinte aux couleurs lumineuses représentant deux personnages féminins (l’une en costume oriental, alanguie sur des coussins entre deux bouquets de fleurs ; l’autre seins nus, tenant un violon) sur une terrasse ensoleillée.

Henri Matisse gravé par Jacques Villon, L’Odalisque sur la terrasse, 1922
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Aquatinte • 63 × 90 cm • © YA/BOT / Alamy / Hemis / © Jacques Villon / Adagp, Paris 2026
Parmi les tableaux que les voleurs auraient pu également emporter s’ils n’avaient pas été interrompus figurent une autre huile sur toile de Renoir, Paysage de Cagnes, ainsi que Falaises à Pourville (soleil levant) de Claude Monet. Une unité spécialisée dans la lutte contre le trafic d’œuvres d’art a été mobilisée. Les enquêteurs exploitent désormais les images de vidéosurveillance du musée, tout comme celles des habitations et commerces voisins.
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La villa des chefs-d’œuvre cambriolée
Créée en 1977, la fondation Magnani-Rocca conserve la collection de l’historien de l’art Luigi Magnani (1906–1984), dans l’ancienne demeure de ce dernier – une maison-musée surnommée la « villa des chefs-d’œuvre », où l’on croise aussi bien Dürer que Rubens, Van Dyck, Goya, de Chirico et Morandi.

La fondation Magnani-Rocca, près de Parme
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© ProCip, robertharding / Alamy / Hemis
Par le passé, l’Italie a déjà connu plusieurs vols spectaculaires, dont celui de La Nativité de Caravage, dérobée dans l’oratoire San Lorenzo de Palerme en 1969 et jamais retrouvée – le sujet d’une série actuellement en streaming sur Arte –, ou encore, plus récemment, les 49 œuvres en or d’Umberto Mastroianni, évaporées en 2024 du Vittoriale degli Italiani, au bord du lac de Garde. Un autre exemple est cependant synonyme d’espoir : celui des 17 tableaux (dont des Tintoret) soustraits en 2015 au musée de Castelvecchio de Vérone, qui avaient finalement été récupérés, saisis pendant la fuite des voleurs à l’étranger.
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