Selon Sciensano, l’environnement alimentaire autour des écoles est un déterminant majeur de santé. Si pour ces différentes chaînes de fast-food, la localisation d’une école n’est pas un critère, rapporte l’Écho, les écoles des centres-villes et des milieux urbains sont les plus touchées.

Plus de 25 % de fast-foods sur la rue Neuve, 14 % sur le piétonnier : Bruxelles ne parvient pas à freiner la multiplication des fast-foodsL’obésité est différente chez l’enfant que chez l’adulte

Mais que risque un élève lorsqu’il consomme régulièrement de la nourriture de fast-food ? Si la malbouffe est généralement associée à l’obésité, Carole Olive, pédiatre et responsable de la clinique Nutri’Kids à l’hôpital CHIREC, à Bruxelles, rappelle que cette maladie reste également un problème génétique. « La malbouffe est un problème de santé qui augmente notamment le risque de cancer et de maladies cardiovasculaires« , ajoute-t-elle.

La médecin explique également que l’obésité chez l’enfant est différente de celle chez l’adulte, notamment parce qu’ils n’ont pas les mêmes besoins nutritifs. « Les enfants sont en croissance, ils sont à risque de carence parce que beaucoup mangent mal. La malbouffe est donc, à la base, un déséquilibre alimentaire », souligne-t-elle. Lorsqu’un enfant grossit, c’est que les apports énergétiques sont supérieurs aux dépenses. « Ce n’est pas parce qu’un enfant mange tous les jours un hamburger qu’il va devenir obèse », affirme la pédiatre.

Carole Olive définit la malbouffe comme des aliments que l’on mange rapidement, qui sont gras, sucrés et industrialisés. Un hamburger maison ou une pizza fraîche préparée par un pizzaïolo ne sont pas de la malbouffe tant qu’il n’y a aucun produit ultratransformé.

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Un élément néfaste pour la santé, au-delà des fast-foods industriels, selon la spécialiste, serait les salades de crabe ou de poulet curry que l’on retrouve au supermarché. « Ces tartinades se mangent très rapidement. Le sandwich est composé de mayonnaise industrialisée, de morceaux de poulets reconstitués et de pain », dénonce-t-elle. Carole Olive confie, à La Libre, que de nombreux jeunes patients mangent ce type de lunch en six, voire sept minutes.

« Les fast-foods attirent les jeunes parce qu’ils ont besoin de recevoir tout très vite. J’observe que l’on apprend aux enfants à manger rapidement à midi. Certains de mes patients expliquent n’avoir que dix minutes pour manger », avoue-t-elle. « Une des causes d’obésité en est justement le fait de manger vite et de ne pas faire attention à ce que l’on a dans l’assiette », déplore la médecin. Carole Olive explique que plus on mange lentement, plus la satiété s’installe.

Si être pressé pour manger peut engendrer de l’obésité chez les enfants qui vont dîner rapidement, pour d’autres enfants qui mangent très lentement, à l’inverse, cela peut provoquer une dénutrition puisqu’ils n’auront pas beaucoup de temps à table.

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Pour la pédiatre et responsable de la clinique Nutri’Kids à Chirec – Delta, les pouvoirs organisateurs au niveau scolaire doivent mettre certaines mesures en place. « Même si les parents sont consciencieux de la bonne alimentation, personne n’est sûr de ce que les enfants vont manger », recadre Carole Olive. « Si dans le périmètre de leurs écoles, il y a de nombreux fast-foods, l’idéal, par exemple, serait que les établissements scolaires proposent une cantine comme un self avec des préparations saines, et faites sur place », conseille-t-elle. « Quitte à ce que les parents payent, puisque dans tous les cas, les enfants devront payer leurs fast-foods ».

Selon elle, il est également intéressant de mettre en place des endroits pour s’asseoir autour ou au sein même de l’école. « Les fast-foods sont par définition de l’alimentation de rue. Alors qu’être assis à table, boire en même temps, et prendre le temps permet de gérer la satiété », affirme Carole Olive.

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La médecin conseille également, pour conscientiser les enfants et adolescents à l’alimentation, de les faire regarder certains reportages concernant la nourriture, comme les poulets en batterie. « Tous ces enfants ne connaissent pas forcément les coulisses de l’alimentation. Si on les informe sur la malbouffe, la traite des animaux et les produits industrialisés, ils vont pouvoir réfléchir à deux fois avant de commander un dürüm », affirme-t-elle.

« L’interdit est contre-productif »

Carole Olive explique également qu’interdire purement et simplement est contre-productif. « Leur dire qu’ils n’ont pas le droit de manger telle ou telle chose est contre productif parce que cela crée une frustration et des envies ». « Pour moi, rien n’est interdit dans l’alimentation. On sait que les adolescents voudront aller dans les fast-foods donc on pourrait leur dire qu’ils y ont droit une fois toutes les deux semaines, ou toutes les semaines. Si on leur dit d’y aller une fois par mois, ils ne vont pas le respecter. Mais accepter qu’ils y aillent, tout en veillant à leur équilibre le reste de la semaine est important », conscientise-t-elle.

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La médecin conseille donc aux jeunes de manger doucement et de poser leurs couverts. « Il est important qu’ils mangent des protéines tous les jours. La viande rouge n’est pas interdite pour eux, contrairement aux adultes. Les adolescents sont en poussée pubertaire et ils ont donc besoin d’énormes apports nutritifs, comme le fer », conclut Carole Olive.