Formation des professionnels renforcée, parcours de soins gradué, accès équitable aux thérapies : à travers un plaidoyer, plusieurs psychiatres et les associations de patients et de familles France Dépression et l’Unafam formulent cinq propositions concrètes pour « mettre à niveau » la prise en charge de la dépression résistante, qui concerne près d’un million de personnes en France.

La dépression résistante est trop souvent « synonyme d’errance thérapeutique », dénoncent, dans un communiqué conjoint des psychiatres, les associations de patients et de familles France Dépression et l’Union nationale des familles et amis de personnes malades et/ ou handicapées psychiques (Unafam). Pour mieux la prendre en charge, le collectif de spécialistes et d’associations, qui comprend aussi le Pr Amine Benyamina, fait cinq propositions :

Renforcer la formation, initiale et continue, des professionnels de santé à son repérage et sa prise en charge, grâce à des outils que devra élaborer Santé publique France (SpF), notamment car la détection précoce permet de « mieux traiter la dépression, l’empêchant de devenir résistante », alors que « le pic d’apparition des maladies psychiatriques, en particulier l’anxiété et la dépression, survient à 14 ans et demi« , précise le pédopsychiatre Pr Olivier Bonnot, nouveau président du Conseil national des universitaires de psychiatrie (CNUP).

Le collectif propose ainsi « d’intégrer la dépression résistante dans les enseignements de psychiatrie et de médecine générale, dans les études médicales, en lien avec le Conseil national des universités en psychiatrie et les collèges universitaires », ou encore « l’élaboration de modules pédagogiques dédiés portant sur le repérage, la gradation thérapeutique, les innovations thérapeutiques et la prise en charge des comorbidités ». Le collectif préconise également « d’inscrire la thématique parmi les orientations prioritaires du Développement Professionnel Continu (DPC) ».

Parcours de soins gradué et accès équitable aux thérapies

Parmi les autres propositions, les auteurs de ce plaidoyer défendent une campagne de sensibilisation des professionnels de santé, grâce notamment à l’élaboration d’outils d’aide à la décision par Santé publique France (fiches cliniques, arbres décisionnels), à la diffusion d’informations via les canaux de l’Assurance Maladie et de l’Ordre des médecins ou encore à l’intégration d’outils de repérage directement dans les logiciels de prescription des médecin.

Les signataires appellent aussi à établir un parcours de soins gradué articulant médecine de ville, structures spécialisées et centres experts, prenant aussi en charge les comorbidités et addictions des patients. Au niveau de la mise en oeuvre de cette proposition, le collectif suggère « une saisine ou auto-saisine de la Haute Autorité de Santé afin d’élaborer des recommandations nationales précisant les critères de dépression résistante, les stratégies thérapeutiques selon les lignes de traitement et les modalités d’orientation vers les différents niveaux de recours » ou encore « la publication d’une instruction ministérielle demandant aux agences régionales de santé d’intégrer ce parcours dans les projets régionaux de santé et d’identifier les structures de recours sur leur territoire (psychiatrie hospitali.re, centres experts, dispositifs de prise en charge des addictions) ».

Enfin, ils plaident pour un« accès équitable aux approches thérapeutiques en psychiatrie », avec des prises en charge harmonisées. Les auteurs souhaitent par exemple l’élaboration par la HAS d’un référentiel de bonnes pratiques couvrant le diagnostic et le suivi, la diffusion de ces recommandations auprès des professionnels via les sociétés savantes et les organismes de formation et l’intégration de ces critères dans les processus de certification de la qualité des établissements de santé.

Pendant dix ou douze ans, aucun des médecins que j’ai vus – psychanalyste, généraliste, psychiatre – ne s’est dit : « On le gave de médicaments et pourtant il reste dans le même état… il y a un problème ! ». Cette errance médicale, l’absence de diagnostic, vous conduit à des états de souffrance psychique absolument monstrueux, dont on n’a pas idée. L’errance médicale tue.

Extraits de l’interview « Je suis un malade mental », Nicolas Demorand, Le Point, n° 2749, 27 mars 2025.

Cause de mortalité prématurée (10 à 12 000 suicides et 176 000 tentatives de suicides lui sont imputés) et de surmortalité (cancers, maladies cardiovasculaires…), la dépression résistante ou sévère altère les fonctions cognitives, ce qui compromet le retour à l’emploi et coûte 14 milliards d’euros par an à la collectivité (arrêts de travail…), selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

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